The Force at work / La Force en action

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Monday, October 5, 2015

Je jase avec Clodine Desrochers

Clodine Desrochers Photo © Lena Ghio
Cette semaine les librairies pourront vous offrir le premier livre écrit par CLODINE DESROCHERS AU NOM DE L'AMOUR à ces femmes avant moi. Je me suis intéressée à son projet car on oublie trop souvent ceux qui ont aplati le chemin devant nous. Elle écrit ce livre pour sa mère Jeanne D'Arc Graham qui a connu la pauvreté et la misère ainsi que la tyrannie de l'église Catholique sur le destin des femmes lors du siècle dernier. Le livre a éveillé en moi tant de souvenir des histoires de ma mère, ma grand-mère, mes tantes. Il est merveilleusement écrit avec ces détails qui ajoutent du réalisme aux scènes qui seront familières pour plusieurs lecteurs et lectrices.

Lena- Qu'est ce qui vous a inspirée à écrire un livre qui parle de votre mère, votre grand-mère et de toutes les femmes qui ont joué un rôle important dans votre passé, maintenant?

Clodine- Toutes des femmes qui font parties de ma famille, dont plusieurs que je n'ai pas beaucoup connues, malheureusement, comme mon arrière grand-mère, ma grand-mère, puisque ma mère a coupé les ponts avec elle assez jeune. Ça faisait tellement longtemps que je songeais à écrire ce livre là. Quand ma mère me racontait les anecdotes pas toujours faciles de son enfance, j'étais toute jeune, j'avais peut-être dix ou onze ans, j'étais une petite fille très sensible et ça me touchait beaucoup d'apprendre que ma mère s'est fait casser le poignet par une religieuse, à coups de règle, parce qu'elle écrivait de la main gauche. Que ma grand-mère donnait des coups ce cuillière à soupe en arrière de la tête à ses enfants et qu'elle n'était pas toujours, disons gentille, surtout avec ses filles, et que mon grand-père buvait et devenait violent. Cela m'affectait beaucoup. Je voyais les images dans ma tête, je suis très visuelle. Et de voir que ma mère était si douce, quand j'étais jeune, avec ma soeur et moi, si maternelle, cela me troublait. Et je me disais déjà, sans vraiment le conscientiser comme je le fais aujourd'hui, mais c'était comme une façon déjà là, dans ma tête, de lui rendre hommage. Je lui disais: un jour je vais écrire un livre sur ton enfance. Et j'étais toute jeune.

Mais la vie a fait en sorte que les études, le travail, la télé, le bébé et tout ça... ça prend du temps écrire, ça prend de la discipline. C'est pas quelque chose que tu... ce n'est pas si facile que ça. Ça prend certaines conditions. Donc je n'avais pas le temps. J'ai animé pendant treize ans une émission quotidienne à la tété cela prennait tout mon temps. Un moment donné, j'ai eu ce temps là pour écrire, à travers les tournages de Quelle HistoireJe me suis dit: c'est un rêve que j'ai depuis longtemps et je veux le réaliser, le concrétiser. Donc je me suis lancée dans ce projet d'écriture auquel je rêvais depuis si longtemps. Mais j'avais des doutes, même de moi-même au départ.

J'ai dit à ma mère que j'aimerais rencontrer ma tante Lili, ma tante Diane  et mon oncle Ernest. Ma mère m'a piquée en me disant: "Bien là si on les dérange, il faut que ça soit pour vrai." Je me suis dit, elle doute!? Hey c'est pas vrai! Ça m'a motivé. Je vais réaliser. Elle croit que je fais ça pour m'amuser. Non non non je vais le faire. Je me suis auto-motivée et là je me suis lancée dans ça. Mais j'ai douté tout le long. Je dirais jusqu'à la moitié du livre. Jusqu'à ce qu'une de mes amies me dise «là là tu vas rencontrer une maison d'éditions.» Tant que je n'avais pas rencontrer personne ça pouvait demeurer secret ce projet là. Je ne me commettais pas nécéssairement. J'ai fait le grand pas d'aller rencontrer des gens. ANNIE TONNEAU de Sogides, les Éditions de La Semaine, était enchantée du projet et cela m'a motivée. En même temps, je me suis dit : Je ne peux plus reculer. J'ai pas le choix d'aller de l'avant. Mais des fois dans la vie, ça prend ça. Ça prend des objectifs précis.

Lena- J'ai l'impression que vous y avez tellement pensé que c'était inévitable.

Clodine- C'est vrai. Parfois ça peut prendre des années avant de finir par se concrétiser.

Lena- Est-ce que la naissance de votre propre enfant, et la voir grandir a joué un role dans votre décision de réaliser ce livre là maintenant?

Clodine- Non pas nécéssairement. Je pensais toujours à ma mère, je pensais à la petite Jeanne que je voulais...

Lena- Dans l'introduction vous soulignez le désir d'emmener les gens à réfléchir sur leur passé et celui de leurs parents avec une possibilité de se réconcilier avec leur passé et peut-être obtenir un effet thérapeutique.

Clodine- J'aime bien l'expression "emmener les gens à réfléchir sur leur passé." Je ne crois pas que personne peut dire à une autre personne qu'elle va les guérir des maux du passé avec un livre. Mais ça été important pour mes tantes et mon oncle de savoir que d'autres ont vécu les mêmes traumatismes qu'eux. Et c'est ça qui peut emmener certains lecteurs ou lectrices vers des pistes de réflexions. Moi ça m'a emmené sur ces pistes là et j'ai voulu comprendre pourquoi ma grand-mère était comme elle était. Ça m'a fait plonger dans les années de Maurice DuplessisLa grande noirceur de ces années là nous fait comprendre le contexte de la vie de ma grand-mère et de l'enfance à ma mère. Certaines choses sont difficilement pardonnables mais on peut comprendre une certaine partie du pourquoi. À ce moment là on commence à être capable d'en prendre une certaine distance. Ça peut adoucir certaines choses sans qu'on oublie nécéssairement tout.

Lena- Quelle a été la réaction de votre mère et votre fille à votre livre?

Clodine- Ma mère l'a lu durant la nuit. Elle l'a lu d'une "frippe". Elle m'a dit que la description de sa grand-mère, Marie-Laure, était si précise qu'elle pouvait presque la voir. Elle a été très touchée, pleine d'émotions, et elle m'a dit "c'est comme si je le revivais".

Lena- Qu'est-ce que vous aimeriez dire à vos lecteurs?

Clodine- Allez au bout de vos rêves. Même si vous avez un rêve depuis votre enfance d'accomplir quelque chose, jouer un instrument de musique par exemple, n'abandonnez pas vos rêves. Suivez votre passion parce que ça donne beaucoup de satisfactions quand vous les réalisez.

Nous avons terminé notre conversation avec une idée. J'ai demandé à Clodine Desrochers si elle en ferait un scénario parce que son livre, qui est une histoire très personelle, est aussi l'histoire de plusieurs générations de femmes québécoises du dernier siècle. Ce sont des personnes qui ont été complètement mises de côté par les préjudices d'une époque qui nous paraissent inconcevables aujourd'hui. Ce livre serait un film ou une télésérie très révélateurs et captivants.

C'est un petit bijoux de lecture et vous risquez comme moi et sa maman Jeanne de le lire d'une "frippe".

-LENA GHIO

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