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| Phyllis Lambert © Clara Gutsche |
QUI EST PHYLLIS LAMBERT
À 27 ans, en 1954, Phyllis Lambert accomplit un geste qui paraît aujourd’hui presque invraisemblable. Dans une Amérique où les grandes décisions immobilières, financières et architecturales sont encore massivement l’affaire des hommes, une jeune femme issue d’une richissime famille montréalaise décide de dire à son père, Samuel Bronfman, que son futur siège new-yorkais est tout simplement indigne de son ambition.
Seagram prépare alors un gratte-ciel au cœur de Manhattan. Le projet initial est conventionnel, dans l’esprit de l’optimisme corporatif de l’après-guerre : efficace, rentable, monumental. Lambert, qui séjourne à Paris et se passionne pour l’art et l’architecture, reçoit les dessins. Elle les trouve médiocres. Et au lieu de se contenter d’une moue aristocratique ou d’un commentaire mondain, elle prend la plume. Dans une lettre de huit pages datée du 28 juin 1954, elle explique à son père que Seagram a une responsabilité qui dépasse ses intérêts commerciaux. Le bâtiment va modifier Park Avenue, la ville, peut-être même l’histoire de l’architecture. Il faut donc faire mieux.
C’est là que son caractère apparaît : elle ne demande pas la permission d’avoir du goût ; elle transforme son goût en mandat.
Le futur Seagram Building, achevé en 1958, sera une tour de bronze et de verre volontairement reculée de Park Avenue, laissant devant elle une vaste plaza ouverte à la ville. Mies en dessine l’architecture, Philip Johnson collabore au projet, mais Lambert en est la force motrice côté client : elle impose l’ambition, défend la qualité et participe directement à la planification du projet.
Son exploit est d’autant plus saisissant qu’il surgit dans le zeitgeist de l’Amérique des années 1950. C’est l’âge du triomphe industriel, des grandes corporations, des gratte-ciel qui célèbrent la puissance économique et de l’architecture internationale devenue langage officiel de la modernité. Mais c’est aussi une époque où les femmes sont encore largement assignées à des rôles périphériques dans les milieux du pouvoir, de l’architecture et des affaires. Lambert ne se contente pas d’entrer dans cette pièce : elle change le plan de la pièce.
Le Seagram n’est donc pas seulement l’histoire d’un grand architecte. C’est aussi celle d’une jeune femme qui, en 1954, eut l’audace — et la vision — de dire : non, nous pouvons faire beaucoup mieux.
ELLE N'A PAS CHANGÉ!
À 100 ans, Phyllis Lambert continue de faire ce qu’elle faisait à 27 ans devant le premier projet du Seagram — regarder, questionner, refuser l’évidence et demander : et si on pouvait faire autrement?
Il suffit de regarder ce qui se prépare au CCA pour le comprendre. À l’approche de ses 100 ans, Phyllis Lambert ne se retourne pas sur son œuvre comme on referme un livre. Elle regarde devant. Toujours. Ce qui l’intéresse n’est pas le monument qu’on érige à une vie accomplie, mais la question qui reste ouverte, celle qui oblige à penser encore.
La première exposition à ouvrir dans cette année anniversaire, Neighbours, le 5 novembre 2026, donne déjà le ton. En revisitant la collection de photographies du CCA à travers les communautés, les voisinages et les manières d’habiter, elle déplace le regard : de l’architecture comme objet vers l’architecture comme expérience collective. Qui habite? Qui transforme? Qui est exclu? Pour qui construisons-nous? Ce sont des questions profondément lambertiennes : regarder l’espace, certes, mais surtout regarder la vie qui s’y déroule.
Puis viendra, en janvier 2027, 100Phyllis, une année entière de conversations qui feront circuler cette curiosité entre architecture, logement, patrimoine, environnement, photographie, institutions et ville. Le programme ne cherche pas à momifier une pensée : il veut la mettre au travail.
À propos de demain, présenté du 24 janvier au 28 mars, prolongera cette conversation autour de la photographie, de l’écologie, des institutions, de la ville et de la conservation. LOIS, à partir du 18 mars, s’attaquera à une question que Lambert aurait certainement reconnue comme une question d’architecture au sens le plus large : comment les lois façonnent-elles nos milieux de vie — et comment pourraient-elles devenir des instruments de justice en matière de logement, d’environnement et de société? Sortis du cadre, consacré aux archives de Gillian Hopwood et John Godwin, poursuivra cette volonté de faire surgir des histoires et des pratiques restées trop longtemps à la périphérie du récit architectural.
Même les archives du CCA entreront dans la conversation. Les histoires orales du CCA, prévues en 2027, feront entendre les voix de celles et ceux qui ont construit l’institution au fil des décennies. La collection photographique continuera, elle aussi, à être interrogée par des artistes contemporains, dans un mouvement fidèle à ce que Lambert a toujours défendu : une collection n’est jamais un mausolée. C’est un outil pour regarder autrement.
Et puis il y aura Phyllis elle-même, photographe infatigable. Un documentaire, Lens Junkie, réalisé par Teri Wehn-Damisch, reviendra sur cette pratique qui traverse toute sa vie : l’appareil photographique comme instrument d’attention, presque comme une seconde paire d’yeux. Une nouvelle série de portraits réalisés par Clara Gutsche prolongera ce regard, avec celle qui avait déjà photographié la construction du CCA et les transformations de Milton-Parc.
Enfin, en janvier 2027, ses mémoires, My First Hundred Years, viendront ajouter sa propre voix à cette histoire. Le titre provisoire a quelque chose de délicieusement provocateur. Mes cent premières années. Comme si cent ans n’étaient pas une conclusion, mais un premier chapitre suffisamment long pour commencer à comprendre ce qui vient ensuite.
C’est peut-être cela, au fond, que célèbre 100Phyllis : non pas seulement un anniversaire, mais une manière d’être au monde.
En 1954, à 27 ans, Phyllis Lambert regardait les plans du futur Seagram Building et refusait de se satisfaire de ce qui existait. Soixante-treize ans plus tard, la méthode n’a pas changé. Elle observe. Elle doute. Elle questionne. Elle photographie. Elle rassemble. Elle provoque des rencontres. Et elle demande encore à l’architecture de répondre à quelque chose de plus grand qu’elle-même.
Et c’est précisément pour cela que le CCA ne lui consacre pas une rétrospective.
Il lui consacre une année de questions.
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photos © Lena Ghio 2026
Par-delà Milan, la Lombardie dévoile une Italie de lacs et de montagnes, de villes d’art et de villages, de grandes tables et de chemins tranquilles. Une destination qui se découvre particulièrement bien à vélo.
Il y a l’Italie que l’on croit connaître. Celle de Rome, de Venise et de Florence, des monuments que l’on reconnaît avant même de les avoir vus et des itinéraires que les voyageurs canadiens empruntent depuis des générations.
Et puis, il y a l’Italie que l’on découvre lorsqu’on accepte de sortir du grand circuit.
Au nord du pays, la Lombardie propose précisément cette autre manière de voyager. Facilement accessible par Milan, la région rassemble dans un même territoire une étonnante diversité de paysages et d’expériences : les élégances architecturales de la capitale lombarde, les villages accrochés aux rives des lacs, les sommets alpins, les vignobles, les villes historiques et une gastronomie qui mérite à elle seule le voyage.
C’est dans ce contexte que j’ai eu l’occasion d’assister à un cocktail d’honneur où le cyclisme italien et le cyclisme montréalais se sont rencontrés d’une façon particulièrement symbolique. À quelques pas du grand mouvement qui anime actuellement Montréal, une expositionrend hommage à Giuseppe « Pepe » Marinoni, figure incontournable du cyclisme québécois et artisan d’une histoire qui relie directement l’Italie au Québec. Présentée à l’aéroport international Montréal-Trudeau dans le cadre de la célébration de la riche histoire cycliste de Montréal, l’exposition consacrée à Marinoni prend une résonance particulière en cette semaine de Mondiaux. Le programme #YULArt de l’aéroport accueille régulièrement des expositions destinées à faire découvrir la culture et la création aux voyageurs de passage. Marinoni est lui-même un formidable trait d’union entre les deux rives de l’Atlantique. |
À l’heure où Montréal accueille les Championnats du monde de cyclisme sur la route 2026, du 20 au 27 septembre, le vélo offre d’ailleurs un angle particulièrement séduisant pour découvrir cette région italienne.
Une région à la mesure du voyageur curieux
La Lombardie ne se résume pas à Milan. Elle s’étend des Alpes à la plaine du Pô et multiplie les paysages.
Il suffit de changer de direction pour passer du lac de Côme au lac d’Iseo, du lac de Garde au lac Majeur, des montagnes de la Valteline aux campagnes de Pavie ou aux plaines agricoles de Mantoue. Entre ces grands espaces se succèdent des villes comme Bergame, Brescia, Crémone, Mantoue, Monza, Pavie et Varèse, chacune portant unepartie différente de l’histoire lombarde.
Cette richesse explique aussi pourquoi la Lombardie se prête si bien au voyage itinérant : on peut y construire un séjour autour de l’art, de la gastronomie, du plein air ou simplement du plaisir de ralentir.
Milan est souvent associée à la mode, au design et au rythme effervescent des affaires. Pourtant, la capitale lombarde possède une profondeur historique qui dépasse largement les podiums et les vitrines.
Le Duomo domine toujours le centre-ville, tandis que la Galleria Vittorio Emanuele II rappelle la monumentalité de l’Italie du XIXe siècle. Le château des Sforza, les musées, les quartiers historiques et les nouvelles architectures racontent, eux, une ville constamment en transformation. Mais Milan possède un autre visage, particulièrement intéressant pour les cyclistes : celui des canaux.
| Le volet gastronomique a été imaginé par le chef Marco Bertoldini, du restaurant Siamo Noi, situé au Royalmount. Spécialisé dans les pâtes fraîches faites à la main, le chef propose une cuisine où les meilleurs ingrédients d’Italie et d’Europe rencontrent les produits locaux de saison. Un mariage de saveurs, de savoir-faire et de fraîcheur, pensé pour offrir une expérience gastronomique unique, à la croisée de l’Italie et de Montréal. |
Cinq façons de découvrir la Lombardie à vélo
En Lombardie, le vélo n’est jamais très loin d’une bonne table.
La cuisine régionale est généreuse, terrienne et profondément liée aux paysages. Le risotto alla milanese, l’ossobuco, la polenta, les fromages de montagne, les charcuteries et les poissons des lacs composent un répertoire où chaque province possède ses accents.
À Crémone, le torrone rappelle la tradition sucrée de la ville. Mantoue revendique la sbrisolona. Et Milan a donné au monde l’un de ses grands symboles gourmands : le panettone.
Les amateurs de vin trouveront également matière à prolonger le voyage avec la Franciacorta et l’Oltrepò Pavese.
Cette relation entre vélo et gastronomie est peut-être l’une des grandes forces de la destination. En Lombardie, une journée à bicyclette ne conduit pas simplement d’unpoint A à un point B : elle traverse des terroirs.
Les grands lacs, fil bleu de la Lombardie
Puis viennent les lacs.
Le lac de Côme demeure l’image la plus célèbre, avec ses montagnes plongeant vers l’eau, ses villas et ses villages élégants. Mais le voyageur qui prend le temps de regarder au-delà de cette carte postale découvrira également le lac d’Iseo, le lac de Garde, le lac Majeur et une multitude de paysages lacustres moins connus.
À Varèse, surnommée la « ville-jardin », les jardins historiques, le lac et le Sacro Monte composent une escapade particulièrement harmonieuse. À Lecco, les montagnes semblent surgir directement des eaux du lac de Côme.
C’est cette alternance entre eau et relief qui donne à la Lombardie son caractère particulier : quelques dizaines de kilomètres peuvent suffire à transformer complètement le décor.
La Lombardie apparaît comme une destination particulièrement inspirante pour les voyageurs qui aiment associer mouvement, patrimoine et art devivre.
Car c’est peut-être cela, au fond, le véritable luxe d’un voyage en Lombardie : pouvoir commencer la journée devant une œuvre d’architecture exceptionnelle, enfourcher son vélo quelques heures plus tard, longer un canal ou un lac, traverser un vignoble, puis s’attabler devant un risotto accompagné d’un verre de vin local.
La Lombardie ne demande pas nécessairement à être conquise. Elle invite plutôt à être parcourue.
Et pour le voyageur canadien qui connaît déjà les grands classiques de l’Italie, cette région offre une belle occasion de recommencer le voyage — autrement, plus lentement, et parfois avec deux roues sous les pieds.
Pour en savoir plus : https://www.in-lombardia.it/
Nostradamus seeing me © Lena Ghio, 2016 FRANÇAIS App de traduction plus haut, sous titre In May 2018 I realize I can no l...