Sunday, September 6, 2026

Serge Fiori — Seul ensemble au Théâtre Saint-Denis: l’art de tomber, l’art de rester

BANDE ANNONCE

Il y a des spectacles que le temps transforme sans qu’ils aient besoin de changer. Serge Fiori — Seul ensemble, créé en mars 2019 par le Cirque Éloize, appartient désormais à cette catégorie singulière : celle des œuvres dont le sens se déplace parce que le monde, lui, a continué d’avancer. Jeudi 3 septembre, au Théâtre Saint-Denis, qui célèbre cette année son 110e anniversaire, la reprise médiatique de cette création hommage ne racontait donc plus exactement la même histoire qu’il y a sept ans. Les acrobaties étaient là, les chansons aussi, les lumières, les projections, la fumée, les corps suspendus dans l’espace. Mais il manquait quelqu’un.

En 2019, au terme de la première médiatique, Serge Fiori était apparu sur scène. Le public s’était levé presque instinctivement. L’artiste, bouleversé, les larmes aux yeux, avait porté une main à son cœur avant d’aller embrasser les interprètes. La scène avait quelque chose de simple et de vertigineux : celui qui avait fourni la matière intime du spectacle venait, pour ainsi dire, en vérifier la respiration. Cette fois, sa présence ne pouvait plus être physique. Fiori est mort le 24 juin 2025. Et cette absence, forcément, s'est mise à habiter le spectacle.

Il faut se souvenir de ce que représente Harmonium dans la mémoire québécoise. Formé au début des années 1970 autour de Fiori et Michel Normandeau, puis enrichi notamment par Louis Valois, le groupe n’a enregistré que trois albums studio, mais leur empreinte dépasse depuis longtemps la simple discographie. Harmonium, Si on avait besoin d’une cinquième saison et L’Heptade ont fini par acquérir une dimension presque mythologique. Leur musique semble appartenir à une époque où la chanson pouvait encore prétendre à quelque chose de plus vaste que le divertissement : une manière de chercher une vérité, même lorsqu’elle demeurait impossible à formuler.



C’est précisément cette dimension que la nouvelle version de Seul ensemble parvient parfois à saisir.

Le spectacle repose sur dix-neuf chansons réparties en deux parties, réarrangées par Louis-Jean Cormier, Alex McMahon et Guillaume Chartrain. Les arrangements ajoutent cordes, cuivres, chœurs et synthétiseurs sans chercher à transformer les compositions en objets de démonstration. Vert, Depuis l’automne, Si bien, Viens danser, L’exil, Lumières de vie, Chanson noire : les chansons deviennent autant de paysages intérieurs dans lesquels les artistes du Cirque Éloize peuvent inscrire leurs corps.

Et c’est là que la reprise gagne en intérêt. La première mouture donnait parfois l’impression que la musique d’Harmonium occupait le centre tandis que le cirque venait l’illustrer. Ici, le metteur en scène Benoit Landry a resserré les liens entre les deux langages. La danse, notamment, irrigue davantage la chorégraphie acrobatique. Les ensembles sont plus présents, les tableaux moins soumis à une logique de succession mécanique. Dès Vert, les quelque vingt interprètes surgissent dans une composition où le mouvement collectif, le main à main et la banquine font du plateau non plus une scène décorée pour la musique, mais un organisme vivant.

Cette distinction est importante. Le cirque devient vraiment intéressant lorsqu’il cesse de vouloir impressionner.


Sur Depuis l’automne, le duo au trapèze de Louis-David Simoneau et Maxime Charron atteint cette zone rare où la virtuosité semble naître d'une nécessité plutôt que d'un désir de prouesse. Le très beau numéro d’équilibre sur L’exil, comme le duo à la planche sautoir sur Aujourd’hui je dis bonjour à la vie, prolongent cette impression. Les corps y semblent engagés dans la même recherche que les chansons : comment tenir debout quand tout vacille ?

Harmonium n’a jamais été une musique particulièrement confortable. Elle porte une inquiétude, une exaltation, une forme de fièvre existentielle. Klô Pelgag a récemment résumé cette qualité en parlant de quelque chose d’« absolu » : une musique faite avec une urgence et une vérité telles qu’elle peut prendre les proportions d’une question de vie ou de mort. Le Cirque Éloize trouve alors une correspondance presque naturelle avec elle. Un acrobate suspendu dans le vide est, après tout, une métaphore difficile à améliorer.

La disparition de Fiori ajoute à cette équation une dimension que le spectacle de 2019 ne pouvait évidemment pas posséder.

Le moment le plus évocateur survient dans En pleine face. Sur l’immense écran qui couvre l’arrière-scène apparaît Fiori, allumant une cigarette et observant son environnement avec cette présence à la fois terrienne et lointaine qui lui était propre. Autour de cette image, les artistes aériens chutent du plafond, traversent l’espace, dansent. Puis le portrait se défait, se désagrège, avant de se recomposer.


L’idée est simple. Elle est aussi profondément juste. Une image disparaît, mais l’homme demeure dans les chansons, dans les gestes, dans la mémoire de ceux qui regardent. Le procédé aurait pu sombrer dans le pathos commémoratif. Il évite généralement cet écueil parce qu’il ne cherche pas à expliquer la mort : il montre plutôt ce que fait l’absence à une image.

La première partie semble ainsi porter un deuil discret. Même lorsque le spectacle s’autorise davantage de légèreté — notamment avec Viens danser, qui assume franchement son tempérament festif — quelque chose demeure suspendu. Les chansons ne sont pas traitées comme des reliques. Elles continuent de vivre, ce qui est sans doute la meilleure manière de rendre hommage à celui qui les a écrites.

Puis survient la deuxième partie, et avec elle quelques fausses notes de dramaturgie.

Le problème n’est pas la qualité des numéros pris isolément. La suspension capillaire sur fil mou est impressionnante. Le tableau consacré à Dixie est divertissant. La roue Cyr possède sa propre beauté physique. Mais dans un spectacle qui avait progressivement réussi à construire une tension entre le vertige, l’introspection et la mortalité, certains de ces éléments semblent arriver au mauvais endroit.

Le cas de Dixie est particulièrement révélateur. Juste avant, Jimmy Gonzalez livre sur Lumières de vie un remarquable numéro de manipulation et de jonglerie, accompagné par la voix de Fiori et une pensée d’une sobriété bouleversante : « C’est ça, la vie, au fond. » Le tableau possède quelque chose d’une conclusion possible. Il ouvre un silence intérieur.

On pourrait presque croire le spectacle arrivé au bout de sa quête.

Mais non. Des lapins roses géants apparaissent.


L’image est suffisamment incongrue pour devenir, à elle seule, une petite théorie de la mise en scène. Les lapins ne sont pas mauvais. Ils sont même probablement conçus pour provoquer l’émerveillement et rappeler que le cirque doit aussi demeurer cirque. Mais leur apparition rompt brutalement le fil émotionnel que Landry avait patiemment tissé. C’est comme si, au moment où le spectacle s’apprêtait à accepter le silence, quelqu’un avait jugé nécessaire de rallumer toutes les lumières.

Cette hésitation finale résume aussi la difficulté de l’entreprise. Comment rendre justice à une musique qui cherche l’absolu avec un art qui, par nature, aime le spectaculaire ? Comment honorer une œuvre dont la force vient souvent de sa vulnérabilité sans la recouvrir d’effets ?

Seul ensemble ne résout pas toujours cette contradiction. Mais lorsqu’il y parvient, il produit quelque chose de beaucoup plus précieux qu’une simple célébration patrimoniale. Il fait dialoguer deux arts qui, sous leurs apparences opposées, parlent du même risque : celui de tomber.

La musique de Fiori regarde vers l’intérieur. Le cirque regarde vers le vide. Entre les deux, il y a le corps humain — fragile, obstiné, provisoire.

Sept ans après sa création, c’est peut-être cela que la disparition de Serge Fiori a rendu plus visible. Son absence ne transforme pas Seul ensemble en mausolée. Elle lui donne plutôt une gravité nouvelle. Les chansons ne sont plus seulement celles d’un artiste que l’on pouvait encore applaudir au bord de la scène. Elles sont devenues des traces. Et les traces, parfois, savent encore danser.

Même lorsque surgissent, au détour du chemin, quelques lapins roses.

Pour en apprendre davantage sur cette production, ses nombreux artistes et artisans, je vous invite à visiter le site Internet du Cirque Éloize. Les billets sont disponibles par l’entremise de Ticketpro, le réseau officiel du Théâtre Saint-Denis et de l’Espace Saint-Denis.

LENA GHIO   

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Saturday, September 5, 2026

MONTRÉAL GOURMAND!

Les Rendez-vous Gourmands
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Septembre passe à table au parc Jean-Drapeau

Quand Montréal veut prolonger les beaux jours, elle ne sort pas seulement ses lunettes de soleil : elle allume les grills, fait chanter les casseroles et invite tout le monde à passer à table. Du 4 au 27 septembre 2026, les Jardins des Floralies du parc Jean-Drapeau se transforment en véritable terrain de jeu pour les épicuriens avec une nouvelle édition des Rendez-vous Gourmands.

Pendant quatre fins de semaine, l’événement proposera une succession d’univers culinaires, chacun avec sa personnalité, ses parfums et ses surprises. L’idée? Croquer Montréal à pleines dents, découvrir des chefs d’ici, picorer des créations originales et profiter encore un peu de cette douce parenthèse estivale que septembre refuse obstinément de refermer.

Un mois, quatre ambiances

Oubliez le classique « on mange, puis on rentre ». Ici, la table devient une destination. Chaque week-end promet une nouvelle escale gourmande, avec des plats à partager, des influences venues d’ailleurs, des rencontres culinaires et une atmosphère festive.

Le coup d’envoi sera donné avec Le Grand Grill, du 4 au 7 septembre. Autant dire que les amateurs de cuisson au feu seront dans leur élément. Les braises seront à l’honneur et les effluves de viande grillée devraient rapidement transformer les Jardins des Floralies en royaume de la fumée parfumée.

Plusieurs talents de la scène montréalaise participeront à cette grande fête du BBQ, notamment Jonathan Legris, Martin Juneau, Gilles Tolen, Martin Pechuan, Paul Harry Toussaint, Jermaine Wallace et Michel Childe. De quoi donner au barbecue des airs de grande cuisine, avec des créations pensées pour surprendre autant que pour rassasier.

Et parce qu’un bon plat mérite toujours quelques secrets bien gardés, la programmation comprendra également des ateliers, des démonstrations et des échanges autour de la cuisine. Une belle occasion de regarder les chefs à l’œuvre, de grappiller quelques astuces et, pourquoi pas, de repartir avec une nouvelle obsession culinaire.



Du restaurant BOOM J's Chef Jermaine Wallace, des choix difficiles et alléchants.

Le Passeport Gourmand : votre boussole dans ce festin

Pour goûter à plusieurs créations et composer son propre parcours, le Passeport Gourmand revient au programme. Le principe a quelque chose de délicieusement simple : on se promène, on découvre, on choisit et on déguste.

C’est surtout une excellente excuse pour ne pas avoir à répondre à la fameuse question : « Tu veux manger quoi? » Ici, la réponse peut être : « Un peu de tout. »

Le passeport permet ainsi de partir à la découverte de propositions spécialement imaginées pour l’événement et de transformer la visite en petite odyssée gourmande. À plusieurs, c’est encore mieux : on partage, on compare, on échange des bouchées et on prétend très sérieusement que l’on goûte « juste pour analyser ».

Une rentrée qui a le goût des vacances

Après les escapades estivales, les terrasses et les pique-niques, septembre peut parfois sembler un peu trop sérieux. Les Rendez-vous Gourmands ont visiblement décidé de remettre les pendules à l’heure.

Les 10 au 13 septembre, le rendez-vous prendra une nouvelle couleur avec 88, avant de céder la place à deux week-ends consacrés à l’Oktoberfest de Montréal, les 18 au 20 septembre puis les 25 au 27 septembre.

Quatre dates, quatre atmosphères : voilà de quoi donner envie de revenir plusieurs fois. Car ce qui fait le charme de cette formule, c’est précisément son côté évolutif. On ne vient pas seulement « à l’événement » : on revient voir ce que la prochaine fin de semaine nous réserve.

Les Floralies en mode festin

Installés au cœur des Jardins des Floralies, les Rendez-vous Gourmands profitent d’un décor qui change agréablement des salles de réception et des restaurants traditionnels. On mange dehors, on flâne, on discute, on respire et on laisse la journée s’étirer entre deux bouchées.

Le parc Jean-Drapeau devient ainsi, pendant tout le mois de septembre, un immense garde-manger à ciel ouvert où la cuisine montréalaise peut jouer, improviser et voyager.

Avec de nouvelles collaborations et plusieurs partenaires qui viennent enrichir la programmation, cette édition mise sur la diversité et la découverte. Il y aura de quoi satisfaire les gourmands aventureux comme ceux qui considèrent qu’un repas réussi commence par un plat suffisamment photogénique.

Alors, que vous soyez adepte de braises bien maîtrisées, chasseur de nouvelles saveurs ou simplement à la recherche d’une bonne raison de profiter des dernières journées douces de l’année, les Rendez-vous Gourmands ont une proposition difficile à refuser.



Lors de ma visite aux Rendez-vous Gourmands j'ai choisi d'échantilloner les Crevettes Jerk grillées à la perfection et légèrement piquantes, offrent un bel équilibre avec les patates douces crémeuses, onctueuses et délicatement caramélisées. Le pikliz apporte ensuite une fraîcheur acidulée qui réveille le palais et tempère la chaleur. Une véritable expérience où saveurs et textures s’entremêlent avec gourmandise, du début à la fin. Offert par 3 Pierres 1 Feu - Americas BBQ Chef Paul Toussaint

Du 4 au 27 septembre 2026, Montréal passe à table. Et cette fois, mieux vaut arriver avec de l’appétit.

Rendez-vous Gourmands — Jardins des Floralies, Île Notre-Dame, parc Jean-Drapeau, Montréal.

Dates : 4 au 7 septembre, 10 au 13 septembre, 18 au 20 septembre et 25 au 27 septembre 2026.


INFOS: 
Les Rendez-vous Gourmands

La Banane Royale du Pavillon 67 Chef Jonathan legris transforme le dessert glacé en véritable fête des textures. Trois boules — vanille, chocolat et fraise — s’accompagnent de sauce chocolat, pacanes grillées, griottes confites, éclats de pizzelle, ananas maison et crème fouettée. Chaque bouchée alterne fraîcheur, croquant et douceur, pour une expérience céleste.

UNE DÉCOUVERTE DÉLICIEUSE: HAUTE SAISON

Au Marché Bonsecours, lors de l’ouverture de l'Expo World Press Photo, ce cocktail s’impose parmi les plus réussis que j’ai goûté lors d’un événement d’envergure. Les canapés, d’une sophistication remarquable, étonnent par leur finesse. La guédille de crevettes, onctueuse, généreusement garnie et parfaitement épicée, offre un équilibre de saveurs particulièrement mémorable.

Lors de l'ouverture de l'Expo World Press Photo  au Marché Bonsecours, la photographie n’était pas la seule à retenir l’attention. Dans l’effervescence de cette soirée d’envergure, où défilait une bonne partie du monde culturel et médiatique montréalais, les canapés du traiteur Haute Saison ont véritablement volé la vedette.

Et quelle surprise! Dès les premières bouchées, on découvre une cuisine événementielle qui se distingue par son raffinement, sa générosité et, surtout, par une exécution remarquable. C’est, sans hésitation, l’un des cocktails les plus délicieux qu’il m’ait été donné de goûter lors d’une ouverture de cette envergure.


Le gravlax de saumon compte parmi les grands moments de la soirée. D’une finesse exceptionnelle, il figure parmi les plus succulents que j’ai eu l’occasion de goûter. Une bouchée élégante et savoureuse, qui témoigne d’une belle maîtrise du produit.


La guédille de crevettes, servie dans un petit pain onctueux, est tout aussi convaincante. Généreusement garnie, débordante de crevettes et relevée par des épices bien dosées, elle offre ce juste équilibre entre richesse, fraîcheur et caractère qui donne envie d’y revenir immédiatement.


La ratatouille en tartelette apporte une autre dimension, avec ses saveurs méditerranéennes délicatement concentrées dans une petite bouchée. Quant aux croquettes de courgettes, elles ajoutent une touche plus gourmande et croustillante à l’ensemble, tout en démontrant que les légumes peuvent parfaitement tenir le premier rôle dans une réception haut de gamme. 


Mais la qualité de la nourriture n’est pas le seul élément qui mérite d’être souligné. Le service impeccable contribue largement à la réussite de la soirée. Tout est fluide, attentif et professionnel, sans jamais alourdir l’expérience.


Haute Saison, associé au Café Saison des Pluies, démontre ici qu’un cocktail d’ouverture peut être bien davantage qu’un simple accompagnement à un événement : il peut devenir un véritable moment gastronomique.


Ce soir-là, les photographies étaient saisissantes; les bouchées, elles, étaient renversantes.


ratatouille en tartelette

Le gravlax de saumon sur pain grillé compte parmi les grands moments de la soirée. D’une finesse exceptionnelle, il figure parmi les plus succulents que j’ai eu l’occasion de goûter. Le mariage entre la délicatesse du saumon et le croustillant du pain grillé donne à cette bouchée élégante et savoureuse un équilibre particulièrement réussi, qui témoigne d’une belle maîtrise du produit.

LENA GHIO   

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Thursday, September 3, 2026

Expo World Press Photo Montréal - Ouverte pour la fête du Travail

                      19e édition de l’Expo World Press Photo Montréal 

 

Ouverte pour le congé de la fête du Travail et jusqu’au 12 octobre

10 h à 22 h : dimanche au mercredi - 10 h à minuit : jeudi, vendredi, samedi 
au Marché Bonsecours 

  

Ouverte depuis le 26 août dernier, lExpo World Press Photo Montréal amorce sa deuxième semaine et demeurera ouverte tous les jours et tous les soirs, incluant le lundi 7 septembre pour le congé de la fête du Travail, de 10h à 22h, jusqu’au 12 octobre. Les visiteurs peuvent y découvrir les photos lauréates du plus prestigieux concours de photojournalisme au monde ainsi que les expositions connexes présentées sur la mezzanine du Marché Bonsecours, dans le Vieux Montréal.




 

Rappelons que cette année, 42 photographes lauréats issus de 30 pays se sont distingués parmi 3 747 photographes ayant soumis 57 376 photos. Les projets primés abordent des conflits à l’échelle mondiale, démontrent l’ampleur de la crise climatique, mettent en lumière l’action citoyenne et les luttes pour les droits, révèlent la fragilité de la vie humaine, de la maladie et de l’isolement, donnent à voir des récits de jeunes générations, et présentent des familles touchées par les politiques migratoires aux États-Unis. 

 

En plus de photos lauréates, l’Expo World Press Photo Montréal présente sept expositions complémentaires, dont Jacques Nadeau à la une!Vivre, de la photographe Claire Beaugrand-Champagne, Et la vie continue, du photographe Martin Chamberland, En pointillé, territoires d’humanité, signée par 28 étudiantes et étudiants du Cégep du Vieux Montréal, ainsi que les photos finalistes de la 21e édition du prix Antoine-Désilets de la Fédération professionnelle des journalistes (FPJQ).

 

Jacques Nadeau à la une! 

 



  René Lévesque, Jack Layton, photo de la couverture du livre Carré rouge, Pierre Elliott et Justin Trudeau © Jacques Nadeau

 

Les photographies de Jacques Nadeau à la une!, sélectionnées par sa fille Virginie et par les photographes Martin Tremblay et Frédéric Séguin, retracent des événements marquants ayant jalonné la carrière du regretté Jacques Nadeau et l’évolution du Québec depuis plus de 40 ans. 

 

Né à Québec en 1953 et décédé en décembre 2025, Jacques Nadeau a notamment travaillé comme photographe à La Presse canadienne avant de faire son entrée au quotidien Le Devoir en 1990. Il a enseigné le photojournalisme à l’Université de Montréal durant près de 20 ans et publié de nombreux ouvrages, dont Le Québec. Quel Québec ?Carré rouge et Photos trouvées

 

Vivre : Claire et Paule Beaugrand-Champagne en Asie du Sud-Est

 

Trois photos extraites de l’exposition Vivre | Claire et Paule Beaugrand-Champagne en reportage en Asie du Sud-Est

 

En 1980, dans un contexte de bouleversements politiques et humains au Vietnam, au Laos et au Cambodge, la photographe Claire Beaugrand-Champagne et sa sœur, la journaliste Paule Beaugrand-Champagne, se rendent dans des camps de réfugiés en Thaïlande et en Malaisie. Durant deux mois, elles y documentent la vie de ces personnes ayant fui les persécutions, les violences et l’instabilité engendrées par l’installation de nouveaux régimes. Cette crise entraîne l’un des plus importants déplacements de population du 20e siècle. Avec ces photos et les reportages publiés durant une semaine dans La Presse en 1980, les sœurs Beaugrand-Champagne témoignent de la réalité vécue par ces familles en attente d’un nouveau départ. Plus de 45 ans plus tard, les images composant l’exposition Vivre constituent un témoignage de cette mémoire partagée.

 

Claire Beaugrand-Champagne est la première femme photographe de presse professionnelle de l’histoire du Québec. Exposée au Québec comme à l’étranger, collectionnée par plusieurs musées, son œuvre porte la marque d’un profond engagement social et humain. Figure marquante du journalisme québécois, sa sœur Paule Beaugrand-Champagneoccupera d’importants postes de direction à La Presse, au Devoir, au Journal de Montréal, à Radio-Canada, à Télé-Québec et à L’actualité. Elle est la première femme à présider le Conseil de presse du Québec. 

 

Et la vie continue, un photoreportage de Martin Chamberland

 

En écho à l’exposition Vivre, le photographe Martin Chamberland est allé, cet été, à la rencontre de quatre familles originaires d’Asie du Sud-Est établies à Montréal. 

 


 

Dans l’exposition Et la vie continue, quatre femmes racontent, plus de 45 ans après l’exil de leurs aînés, comment cet héritage continue de vivre et de se transmettre entre les générations.

 

En pointillé, territoires d’humanité

 

En pointillé, territoires d’humanité propose 28 projets réalisés par des étudiantes et étudiants du programme de photographie du Cégep du Vieux Montréal. Pour préserver l’authenticité de leur regard, ces photographes ignoraient que leurs images seraient présentées dans le cadre de l’Expo World Press Photo Montréal. 

 


Photos extraites de l’exposition En pointillé, territoires d’humanité

 

L’acteur, réalisateur et scénariste Lou-Pascal Tremblay, porte-parole de la 19e édition de l’Expo World Press Photo Montréal, a sélectionné et commenté quatre projets qui seront présentés en plus grand format. « Ces œuvres explorent l’identité, l’appartenance et la mémoire à travers des réalités souvent absentes du regard collectif. Elles transforment la photographie en espace de rencontre, nous invitant à porter un regard renouvelé sur ce qui nous relie », observe Lou-Pascal Tremblay.

 

Les photos finalistes de la 21e édition du prix Antoine-Desilets

 


Coupé, Pascal Huot | Immortaliser Dury, Marie-France Coallier | L’amertume, François Roy | Sous l’eau, Charles William Pelletier 

 

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) remet depuis 2005 le prix Antoine-Desilets pour souligner l’excellence du travail de photographes de presse œuvrant dans les médias du Québec. Pour une quatrième année, l’Expo World Press Photo Montréal propose une vingtaine de photos finalistes, dans les catégories Arts et culture, Enjeux de société, International, Photoreportage, Portrait, Sports et Vie quotidienne.

 

Au cœur de l’actualité | Une exposition de La Presse

Au fil de l’année, les photojournalistes de La Presse documentent les événements qui marquent l’actualité et les enjeux qui façonnent notre société, ici comme ailleurs. Des grands faits marquants qui font les manchettes aux scènes plus discrètes du quotidien, les photos présentées témoignent de la richesse et de la diversité de la couverture journalistique du quotidien. 

 

Destination : distinguer le vrai du faux | Une exposition de Radio-Canada

Avec son exposition consacrée à la désinformation, Radio-Canada propose des clés pour mieux distinguer le vrai du faux dans un environnement où l’information circule rapidement et prend de multiples formes. L’objectif : aider le public à aiguiser son regard, à reconnaître les contenus trompeurs et à mieux évaluer l’information au quotidien.

 

À propos de la Fondation World Press Photo

Fondée en 1955, la Fondation World Press Photo est une organisation indépendante à but non lucratif qui défend le pouvoir du photojournalisme et de la photographie documentaire pour approfondir la compréhension, promouvoir le dialogue et inspirer l’action. Basée à Amsterdam, elle bénéficie du soutien de partenaires stratégiques, dont la Loterie nationale néerlandaise et Fujifilm Corporation.

 

À propos de l’Expo World Press Photo Montréal

Événement phare de la rentrée culturelle, l’Expo World Press Photo Montréal se tient chaque année au Marché Bonsecours (Vieux-Montréal). En plus des images lauréates issues du prestigieux concours World Press Photo, plusieurs expositions connexes produites par l’équipe montréalaise mettent en lumière la diversité et la créativité des talents du Québec. Radio-Canada, La Presse et la SDC Vieux-Montréal soutiennent le succès de l’exposition, vue par 73 000 visiteurs en six semaines (2025). 


L’exposition World Press Photo Montréal est ouverte tous les jours jusqu’au 12 octobre.

  • L’exposition est ouverte le jour de la fête du Travail, le 7 septembre, de 10 h à 22 h.
  • L’événement présente 42 photographes lauréats et 7 expositions complémentaires.

Wednesday, September 2, 2026

Chers Parents : le prix de la famille

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Il y a quelque chose de délicieusement obscène dans l’idée de demander à ses enfants combien d’argent il leur faudrait pour être heureux. Pas « combien vous voulez », pas même « de quoi avez-vous besoin », mais quelle somme, exactement, permettrait de solder l’inquiétude, l’ambition, la solitude ou le ressentiment. Dans Chers Parents, Emmanuel Patron fait de cette question apparemment anodine le détonateur d’une comédie familiale qui commence comme un boulevard bien huilé et finit par regarder l’argent avec les yeux d’un moraliste qui aurait perdu toute envie de moraliser. Adapté de la pièce à succès coécrite par Patron et sa sœur Armelle, le film assume ses origines théâtrales sans chercher à les dissimuler. Il en tire même une force : huis clos, répliques acérées, entrées et sorties, retournements de pouvoir et personnages qui, sous le vernis de la bienséance, attendent simplement le moment de mordre.

Jeanne et Vincent, professeurs à la retraite, ont pourtant tout du couple bourgeoisement raisonnable. Ils vivent dans le Midi, affichent des convictions plutôt progressistes et convoquent leurs trois enfants sous prétexte d’une importante nouvelle. Louise, jeune médecin en devenir, vit seule avec son chat ; Jules, critique et poète empêché, traîne derrière lui une ambition littéraire qui ne dépasse jamais vraiment le stade du projet ; Pierre, entrepreneur dans les panneaux solaires, croit davantage à la réussite qu’aux états d’âme. La nouvelle est d’abord rassurante : les parents veulent partir au Cambodge afin de créer un orphelinat. Mais lorsque les enfants découvrent que leurs géniteurs viennent surtout de gagner 150 millions d’euros au Loto, la philanthropie cède rapidement la place à une question beaucoup moins noble : combien chacun peut-il récupérer ?

André Dussollier et Miou-Miou sont magnifiques dans cette partition à double fond. Ils jouent des retraités goguenards qui semblent avoir découvert, avec leur fortune, une nouvelle forme de liberté : celle de ne plus avoir à faire semblant. Dussollier, en particulier, paraît s’amuser à déplacer sans cesse la frontière entre la tendresse paternelle et la cruauté. Son personnage sourit lorsqu’il faudrait s’indigner, plaisante lorsqu’il faudrait expliquer, et laisse planer dans ses silences une petite menace qui rend chaque conversation suspecte. Miou-Miou lui apporte une rouerie plus terrienne, moins ostensiblement joueuse, mais tout aussi redoutable. Ensemble, ils composent un couple dont l’apparente décontraction devient progressivement une arme.

Face à eux, les enfants ne sont jamais réduits à de simples vautours. C’est précisément ce qui rend le film plus intéressant que la morale facile sur les riches et les cupides. Chacun arrive avec sa propre définition de la « juste » somme. Louise veut rester raisonnable, parce qu’elle a appris à ne pas demander. Jules hésite, parce que son manque d’assurance se transforme en embarras dès qu’il doit reconnaître qu’il désire quelque chose. Pierre, lui, avance sans détour : l’argent est un outil, le pouvoir est une réalité et il serait absurde de feindre le contraire. Pauline Clément, Thomas Solivérès et Arnaud Ducret donnent à ces trois trajectoires une couleur singulière. Leur rivalité n’est jamais abstraite : elle ressemble à celle de frères et sœurs qui se connaissent trop bien pour ignorer exactement où frapper.

Le meilleur du film surgit alors d’une idée presque expérimentale : que devient une famille lorsque la hiérarchie économique qui la traversait depuis toujours est soudain bouleversée ? Celui qui demandait devient celui qui peut refuser. Celui qui réussissait devient celui qui quémande. Celui qui se croyait généreux découvre qu’il comptait les sacrifices des autres. Le mot « transmettre », apparemment noble, devient ainsi une monnaie d’échange. « Équité » se transforme en argument de négociation. La famille, institution supposée fondée sur le don, se révèle traversée par une comptabilité secrète : qui a donné quoi, qui a reçu combien, qui mérite davantage ?

Patron orchestre cette décomposition avec un sens du rythme particulièrement sûr. Les quiproquos s’empilent, les conversations dérapent, les alliances se font et se défont. Une promenade à vélo, qui tourne à la course effrénée, constitue notamment un joli point de bascule : la rivalité familiale cesse d’être une affaire de paroles pour prendre la forme burlesque d’une compétition presque enfantine. Arnaud Ducret y trouve l’occasion de pousser Pierre jusqu’à l’absurde, avec cette énergie légèrement pathétique du garçon qui refuse obstinément de reconnaître que le jeu lui échappe. Le film comprend que le comique naît souvent moins de la plaisanterie que de la disproportion entre ce que les personnages croient faire et ce qu’ils sont réellement en train de révéler.

C’est là que Chers Parents s’éloigne heureusement de certaines comédies françaises contemporaines consacrées aux gagnants du Loto. Là où Heureux Gagnants transformait l’argent en malédiction par une série de variations féroces, et où Les Tuche ou À l’Ancienne peuvent davantage miser sur la mécanique populaire, Patron s’intéresse aux conséquences intimes de la fortune. Le jackpot n’est pas seulement un ressort narratif : c’est un révélateur chimique. Il fait remonter à la surface les rancœurs, les frustrations et les fantasmes qui existaient déjà. Personne ne devient véritablement autre avec l’argent ; chacun devient simplement plus visible.

Cette noirceur est cependant accompagnée d’une légèreté qui empêche le film de se transformer en fable pesante. Les dialogues sont suffisamment affûtés pour que l’on puisse rire d’une situation tout en percevant ce qu’elle dissimule. Il y a quelque chose, dans cette façon de passer de la plaisanterie à la cruauté puis de revenir à la plaisanterie, qui rappelle la tradition de la comédie noire italienne. Le film pourrait ainsi évoquer, par intermittence, l’acidité de L’Argent de la vieille ou la férocité sociale d’Affreux, sales et méchants, sans jamais prétendre à leur ampleur satirique. Son terrain demeure celui de la famille, cette petite république où les élections sont truquées et où chacun connaît déjà les faiblesses de ses adversaires.

Mais cette mécanique, aussi efficace soit-elle, finit par montrer ses coutures. Certaines situations demandent au spectateur une indulgence que le reste du film ne réclame pas. La scène de prise d’otage, notamment, apparaît poussive et peu crédible, comme si la pièce avait soudain réclamé une surenchère que le cinéma ne parvenait pas entièrement à absorber. Le problème n’est pas tant l’invraisemblance — une comédie peut parfaitement s’en nourrir — que le décalage de ton. Lorsque le gag devient événement, la légèreté vacille. On sent alors les limites d’une adaptation qui conserve une structure et des réflexes de théâtre tout en cherchant ponctuellement à élargir son univers.

Il serait pourtant dommage de lui reprocher de ne pas être un film réaliste. Chers Parents appartient à une tradition où la vraisemblance est moins importante que la précision morale. Ses personnages sont parfois poussés jusqu’à la caricature, mais ils sont caricaturaux de manière révélatrice. Pierre est le requin ; Jules, l’intellectuel paralysé ; Louise, la gentille fille qui se retrouve seule avec ses bonnes intentions. Les parents eux-mêmes sont des monstres de politesse. Mais derrière ces silhouettes de vaudeville se dessine une observation assez fine : la famille n’est pas nécessairement un espace de désintéressement. Elle est aussi le lieu où l’on ose demander ce qu’on n’oserait jamais réclamer à un étranger.

Le film trouve enfin son meilleur ton dans son refus de conclure par une morale rassurante. L’argent rend fou, certes, mais il peut aussi changer une existence. La fortune peut libérer autant qu’elle empoisonne. Et le bonheur, contrairement à l’adage, n’est peut-être pas incompatible avec une certaine quantité d’euros — tout dépend de ce que l’on était prêt à devenir pour les obtenir. Le dernier mouvement du film conserve cette ambiguïté avec une ironie bienvenue, préférant le sourire en coin au sermon.

Chers Parents n’est donc pas une révolution du genre, et ses ambitions restent celles d’une comédie populaire solidement charpentée. Mais c’est précisément cette modestie qui lui permet d’être plus mordant qu’il n’en a l’air. Sous ses apparences de vaudeville familial, le film dissèque une question vieille comme l’héritage : que vaut l’amour lorsqu’on commence à lui attribuer un prix ? Emmanuel Patron n’apporte pas de réponse définitive. Il fait mieux : il laisse ses personnages négocier, mentir, s’aimer, se jalouser et se trahir jusqu’à ce que le rire devienne légèrement inconfortable. C’est dans ce petit malaise, plus encore que dans les bons mots, que Chers Parents trouve sa véritable fortune.

LENA GHIO   

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