| Skawennati présente son projet d'art public Promesse au centre de sa création vive et joyeuse ce 17 juin dernier à Montréal. Photo: Lena Ghio |
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Cet été, Montréal reçoit un cadeau exceptionnel. Un cadeau fait de couleurs, de mémoire, de technologies et d’espoir. Pour célébrer son 70e anniversaire, le Conseil des arts de Montréal a confié à l’artiste kanien’kehá (mohawk) Skawennati la création d’une œuvre publique éphémère qui transforme la façade de la Maison du CAM, sur la rue Sherbrooke Est, face au parc La Fontaine. Intitulée Promesse, cette installation immersive est bien plus qu’une intervention artistique : elle est une invitation à regarder le monde autrement.
À une époque où les villes cherchent à réinventer leurs espaces publics et à créer des lieux de rencontre, Promesse apparaît comme un geste lumineux. Visible gratuitement tout l’été, de jour comme de nuit, l’œuvre habille les majestueuses colonnes du bâtiment patrimonial conçu par l’architecte Eugène Payette de motifs vibrants inspirés des graines des Trois Sœurs : le maïs, les haricots et la courge. Mais l’expérience ne s’arrête pas à ce que l’on voit.
Grâce à la réalité augmentée, les passants peuvent découvrir un univers parallèle où ces Trois Sœurs prennent vie sous la forme d’héroïnes contemporaines. Munis d’un simple téléphone intelligent, les visiteurs sont invités à scanner un code QR pour voir apparaître ces figures protectrices dans une animation tridimensionnelle accompagnée d’une chanson originale mêlant le kanien’kéha, le français et l’anglais.
L’effet est saisissant. La pierre patrimoniale dialogue avec le numérique. Le passé rencontre le futur. La tradition converse avec l’innovation. Cette rencontre entre les mondes résume parfaitement la démarche artistique de Skawennati.
Depuis plus de vingt ans, l’artiste montréalaise développe une pratique unique à la croisée des arts visuels, des technologies numériques et de la narration autochtone. Son travail est reconnu à l’échelle internationale et a été présenté en Europe, en Océanie, en Asie et partout sur l’Île de la Tortue. Elle est aujourd’hui considérée comme l’une des figures majeures du futurisme autochtone, un mouvement artistique qui imagine des futurs où les peuples autochtones occupent pleinement leur place, non pas comme des survivances du passé, mais comme des acteurs essentiels du monde de demain.
L’univers de Skawennati est souvent traversé par des références à la science-fiction, aux jeux vidéo et à l’esthétique cyberpunk. Pourtant, derrière les avatars, les animations et les environnements virtuels se trouvent toujours des questions profondément humaines : qui sommes-nous? Comment transmettre les savoirs? Comment imaginer l’avenir sans oublier nos racines?
| Photo: Elisa DESOER |
Avec Promesse, ces interrogations prennent une forme particulièrement accessible et généreuse.
L’œuvre puise son inspiration dans les savoirs Hotinonshón (iroquois) et dans l’enseignement des Trois Sœurs, ces plantes cultivées ensemble depuis des siècles. Le maïs offre une structure sur laquelle les haricots peuvent grimper. Les haricots enrichissent le sol en nutriments. La courge protège l’humidité de la terre grâce à ses larges feuilles. Ensemble, elles incarnent un modèle remarquable de coopération, d’équilibre et d’interdépendance.
Dans l’interprétation de Skawennati, les Trois Sœurs deviennent des superhéroïnes contemporaines chargées de rappeler à notre société des valeurs fondamentales : la gratitude, la paix, la durabilité et la responsabilité collective. Le message résonne avec une étonnante actualité.
À l’heure où les enjeux environnementaux, sociaux et culturels occupent une place centrale dans nos réflexions, Promesse propose une vision résolument positive. L’œuvre ne cherche pas à culpabiliser ou à inquiéter. Elle choisit plutôt de célébrer la force des liens, la beauté de la collaboration et la possibilité d’un avenir partagé.
Cette dimension joyeuse est particulièrement importante. L’art public a parfois tendance à souligner les fractures et les tensions du monde contemporain. Ici, Skawennati nous invite à imaginer ce qui nous rassemble. Les couleurs éclatantes qui enveloppent les colonnes, les mouvements fluides des personnages numériques et la musique qui accompagne l’expérience créent un sentiment d’émerveillement presque enfantin.
On s’arrête. On lève les yeux. On sourit.
| Photo: Conseil des arts de Montréal / Ruvan Wijesooriya |
Et dans cet instant de curiosité naît aussi une réflexion plus profonde sur la présence autochtone dans l’espace urbain.
Comme l’a souligné l’artiste, ce qui transforme véritablement un lieu, c’est de vivre entouré de signes, de symboles et de récits autochtones qui rendent visibles les valeurs qu’ils portent. Montréal est construite sur un territoire riche d’histoires, de mémoires et de savoirs autochtones. Pourtant, ces présences demeurent encore trop souvent invisibles dans le paysage quotidien.
Promesse agit alors comme un rappel bienveillant. Elle nous invite à reconnaître les racines profondes du territoire tout en regardant vers l’avenir.
Le choix du moment n’est d’ailleurs pas anodin. L’inauguration de l’œuvre a lieu à quelques jours de la Journée nationale des peuples autochtones, célébrée le 21 juin. L’installation souligne également le 325e anniversaire de la Grande Paix de Montréal de 1701, un événement historique majeur qui témoigne de la capacité des peuples à construire des relations fondées sur le dialogue et le respect mutuel.
Ainsi, plusieurs temporalités se rencontrent dans cette création : les savoirs ancestraux, l’histoire du territoire, le présent montréalais et les futurs imaginés par l’artiste.
Le Conseil des arts de Montréal ne pouvait rêver plus belle manière de célébrer ses 70 ans. Depuis sept décennies, l’institution soutient la vitalité artistique de la métropole et contribue à faire rayonner la créativité sous toutes ses formes. En choisissant Skawennati pour sa toute première commande d’œuvre publique temporaire issue d’un concours, le CAM affirme son engagement envers une culture vivante, inclusive et tournée vers l’avenir.
Cette décision témoigne aussi de la place grandissante occupée par les artistes autochtones dans le paysage culturel québécois et canadien. Leurs voix enrichissent les conversations contemporaines et ouvrent de nouvelles façons de comprendre notre rapport au territoire, à la mémoire et à la communauté.
| Skawennati Photo: Lena Ghio |
Et chacun repartira peut-être avec quelque chose de précieux : une image, une émotion, une question ou une inspiration. Car c’est aussi cela, la force de l’art. Il transforme les bâtiments en récits. Les espaces en expériences. Les passants en participants.
Avec Promesse, Skawennati nous offre bien plus qu’une œuvre publique. Elle nous propose un horizon. Un avenir où les savoirs autochtones éclairent les chemins à venir. Un avenir où tradition et innovation avancent côte à côte. Un avenir où la gratitude, l’interdépendance et le respect du vivant ne sont plus seulement des idéaux, mais des pratiques quotidiennes.
Et si la promesse contenue dans le titre de l’œuvre était précisément celle-là : la possibilité de construire ensemble un monde plus beau, plus juste et plus vivant?
Cet été, au cœur de Montréal, cette promesse prend forme sous nos yeux.

