Friday, May 16, 2025

« LE DERNIER SOUFFLE » Réalisé par Costa-Gavras : une élégie lucide et tendre sur la finitude

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Dans Le Dernier Souffle, présenté en compétition officielle au Festival international du film de Saint-Sébastien et attendu sur les écrans québécois le 23 mai, Costa-Gavras signe peut-être son film le plus personnel, le plus doux aussi — et le plus grave. Loin des mécanismes de ses célèbres thrillers politiques (Z, L’Aveu, Le Capital), le cinéaste franco-grec, aujourd’hui âgé de 92 ans, troque le tribunal pour le chevet, et l’indignation pour la méditation. Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce film est tout autant un acte politique que ses précédents, peut-être même plus. Il s’attaque à notre ultime tabou collectif — la mort — avec une pudeur qui serre la gorge, une intelligence rare, et une profonde humanité.

Adapté du roman coécrit par Régis Debray et le médecin Claude Grange, Le Dernier Souffle met en scène deux hommes que tout oppose et que tout relie : Augustin Masset (Kad Merad), médecin en soins palliatifs, et Fabrice Toussaint (Denis Podalydès), écrivain vieillissant confronté à sa propre fin prochaine. Ce qui aurait pu n’être qu’un huis clos philosophique devient, sous la caméra d’un Gavras inspiré, un voyage sensible, ponctué de rencontres, de silences éloquents et de confidences fugaces, où l’intime rejoint l’universel.

Denis Podalydès, dans un rôle d'une sobriété bouleversante, semble traversé par l’ombre douce de la mort. Son regard, son phrasé, rappellent que contempler la fin n’est pas forcément céder à la peur, mais apprendre à la nommer. Kad Merad, qu’on a rarement vu aussi juste, incarne un médecin dévoué, oscillant entre éthique et impuissance, lui aussi habité par les questions que posent ses patients, mais rarement autorisé à les verbaliser. Ensemble, ils construisent une amitié impromptue et essentielle, presque amoureuse dans son respect et sa franchise.

Costa-Gavras filme cette relation comme une conversation à voix basse, entre les couloirs d’un hôpital et les souvenirs d’une vie. La mise en scène est discrète, jamais démonstrative ; elle laisse toute la place aux corps, aux regards, aux mots qui trébuchent. La présence de Charlotte Rampling et Karin Viard, dans des rôles secondaires mais cruciaux, ajoute encore à cette texture délicate, humaine, profondément vraie.

Le film s’adresse, avec une tendresse déchirante, à tous ceux qui accompagnent, aujourd’hui, un proche en fin de vie. À ceux qui se préparent à partir, aussi. Il n’y a ici ni pathos ni solution miracle, mais une parole rendue possible, une parole que notre société évite trop souvent. En cela, Le Dernier Souffle n’est pas un film sur la mort, mais sur notre droit à une fin digne, paisible, choisie. Le geste de Gavras, à l’orée de sa propre vie, n’est pas un adieu : c’est un cadeau.

Pour tous ceux qui, en ce moment même, affrontent la perte, ou la peur, ce film offre quelque chose de rare : un peu de lumière, une parole vraie, et peut-être même — entre deux souffles — un instant de paix.

 LENA GHIO   


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