Saturday, March 28, 2026

FTA 2026 du 28 mai au 10 juin • LA PROGRAMMATION

DÉVOILEMENT DE LA PROGRAMMATION 2026
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Dans la douceur encore fraîche d’un printemps montréalais qui hésite entre lumière et frisson, la soirée du 24 mars 2026 avait quelque chose d’un prélude. Un murmure d’excitation traversait la salle, les verres tintaient, les regards se croisaient avec cette complicité propre aux grands rendez-vous artistiques. C’est dans cette ambiance festive et vibrante qu’a été dévoilée la programmation du Festival TransAmériques 2026 — une édition anniversaire qui s’annonce comme un véritable kaléidoscope des imaginaires des Amériques.

Du 28 mai au 10 juin, Montréal deviendra une scène ouverte sur le monde, un territoire de rencontres où les langues, les corps et les récits circulent librement. Pour sa 20e édition, le festival revendique plus que jamais son ancrage continental : du Nord au Sud, les voix se répondent, se confrontent et s’entrelacent. Théâtre, danse, performance — les disciplines dialoguent dans une programmation dense, habitée par des préoccupations contemporaines brûlantes.

Dès les premiers jours, le ton est donné avec Baldwin and Buckley at Cambridge, une œuvre incisive de la compagnie new-yorkaise Elevator Repair Service. En revisitant le célèbre débat de 1965 entre James Baldwin et , la pièce réactive une question essentielle : sur quelles fondations repose le rêve américain ? À l’heure où les tensions identitaires et sociales traversent encore les sociétés, ce face-à-face résonne avec une troublante actualité. Le théâtre devient ici un espace de pensée, un lieu où les idées s’affrontent avec élégance et urgence.

PHOTO JAZMIN TESONE, FOURNIE PAR LE FTA  Adentro !

La danse, quant à elle, s’impose comme une langue fluide, capable de dire ce que les mots taisent. Avec The Romeo, le chorégraphe Trajal Harrell propose une fresque spectaculaire où les styles se télescopent. Voguing, danse postmoderne, références historiques : tout se mêle dans une cérémonie étrange et somptueuse, portée par une distribution foisonnante. C’est une œuvre qui trouble les repères temporels et esthétiques, et qui invite à repenser les filiations culturelles.

Dans un registre tout aussi physique mais plus introspectif, from rock to rock… aka how magnolia was taken for granite de Jeremy Nedd explore la mémoire des corps et des paysages. Les interprètes, penchés vers l’avant, semblent porter le poids de l’histoire tout en avançant, obstinément. Le mouvement devient une archive vivante, une manière de raconter ce qui a été enfoui.

Le théâtre québécois n’est pas en reste, avec Querelle de Roberval, une œuvre intense signée Kev Lambert et Olivier Arteau. À travers le personnage de Querelle, jeune ouvrier à la fois désiré et rejeté, la pièce tisse une fable à la fois écologique, sexuelle et politique. C’est un théâtre charnel, dérangeant, qui ose regarder en face les tensions d’une communauté en crise.

PHOTO ORPHEAS-EMIRZAS, FOURNIE PAR LE FTA The Romeo, une œuvre du danseur et chorégraphe Trajal Harrell

L’international s’invite aussi avec des propositions audacieuses comme Vampyr de Manuela Infante. Entre humour noir et réflexion philosophique, cette œuvre détourne la figure du vampire pour interroger nos systèmes de pensée et nos peurs collectives. Le fantastique devient ici un outil critique, un miroir déformant de nos obsessions. Au cœur de cette édition, certaines œuvres se distinguent par leur puissance intime. C’est le cas de Mi madre y el dinero de Anacarsis Ramos, présentée comme l’un des joyaux du festival. Sur scène, l’artiste partage un moment rare avec sa propre mère, dans un récit où se mêlent humour, lucidité et émotion brute. Cette rencontre entre théâtre et vie incarne parfaitement l’esprit du FTA : un art ancré dans le réel, mais capable de le transcender.

La programmation fait également la part belle aux formes hybrides et performatives. Réquiem para un alcaraván de Lukas Avendaño convoque des rituels ancestraux dans une performance à la fois spirituelle et politique. Le corps devient un lieu de mémoire, un espace de résistance. Dans Monga, l’artiste brésilienne Jéssica Teixeira brouille les frontières entre musique, théâtre et performance. Masque, nudité, transformation : tout concourt à créer une expérience sensorielle déroutante, où les identités se recomposent sous nos yeux. Parmi les autres propositions marquantes, citons L'éther de Marie Brassard, qui explore les états de conscience et les réalités altérées, ou encore Уя (Nid), une œuvre énigmatique qui interroge les notions de foyer et d’appartenance.

Mais le FTA, ce n’est pas seulement une succession de spectacles. C’est aussi une expérience, un engagement. À travers L’expérience FTA, le public est invité à soutenir concrètement la création artistique. En contribuant, chacun participe à offrir aux artistes le temps et les moyens nécessaires pour faire émerger de nouvelles œuvres. Cette année, l’initiative met en lumière Mi madre y el dinero, soulignant l’importance de soutenir des projets profondément humains et singuliers.

PHOTO STÉPHANE BOURGEOIS, FOURNIE PAR LE FTA Querelle de Roberval

L’esprit de fête se prolonge également avec la soirée-bénéfice, moment de rassemblement et de célébration où la communauté artistique et le public se rencontrent autrement. Car le FTA est aussi cela : un lieu de convivialité, de partage, où les œuvres continuent de vivre dans les discussions, les émotions et les souvenirs qu’elles laissent derrière elles.

Pour les spectateurs curieux, le festival propose un forfait découverte permettant d’explorer plusieurs spectacles phares à tarif avantageux, notamment Baldwin and Buckley at CambridgeVampyrThe Romeo et from rock to rock…. Une invitation à se laisser surprendre, à sortir des sentiers battus.

Au fond, cette 20e édition du Festival TransAmériques apparaît comme un geste artistique et politique fort. Dans un monde fragmenté, elle propose un espace de circulation, d’écoute et de transformation. Elle nous rappelle que les arts de la scène ne sont pas seulement des formes esthétiques, mais des lieux de pensée, de mémoire et de résistance.

Et tandis que la ville s’apprête à vibrer au rythme de ces créations venues des trois Amériques, une chose est certaine : pendant deux semaines, Montréal ne sera pas tout à fait la même. Elle sera traversée par des voix multiples, des corps en mouvement, des récits puissants. Elle sera, plus que jamais, une scène vivante.

LENA GHIO   

Gabriele Mainetti’s The Forbidden City // Digital on March 17 and 4K Ultra HD, Blu-ray™ & DVD April 21

TRAILER

Gabriele Mainetti’s The Forbidden City arrives like a jolt to the bloodstream—sudden, electric, and faintly disorienting in the best way. It is, on its surface, an action film: a bruising, bone-cracking odyssey of vengeance and survival. But to leave it at that would be to miss the audacity of its design. Mainetti has crafted something far more curious and compelling—a cultural chimera that fuses the visceral grammar of Hong Kong martial arts cinema with the emotional cadences of Italian melodrama, all set against a Rome rarely depicted on screen.

The film opens in rural China with a deceptively quiet prologue: a father training his daughters in kung fu under the shadow of state scrutiny. It is a moment steeped in myth making, evoking both fairy tale and political allegory. This pastoral calm is soon ruptured, and when the narrative leaps forward, we find Mei—played with ferocious physical intelligence by Yaxi Liu—fighting her way through a labyrinthine criminal underworld. The setting initially appears to be China, but Mainetti withholds the reveal with mischievous precision. When Mei finally bursts into daylight, it is not Beijing or Shanghai that greets her, but Rome—a revelation that reorients the film’s entire axis.

This Rome is not the postcard city of sun-dappled piazzas and ancient ruins. Instead, it is a dense, multicultural ecosystem centered around Piazza Vittorio, where immigrant communities intersect, clash, and coalesce. Mainetti’s camera, guided by Paolo Carnera’s textured cinematography, renders the city with a bruised romanticism. The light feels filtered through memory; the streets pulse with a restless, polyglot energy. It is here that The Forbidden City finds its true subject: not merely revenge, but displacement, identity, and the uneasy negotiations of belonging.

At the center stands Mei, a protagonist who feels both archetypal and startlingly new. Liu, a stunt performer making a commanding transition to leading roles, imbues Mei with a coiled intensity that rarely relaxes. She is defined by motion—by the way she navigates space, by the improvisational ingenuity of her combat. In one early sequence, she dispatches attackers using shards of a broken compact disc, transforming mundane objects into instruments of survival. Later, in a marketplace brawl, she weaponizes fish and flowers with a kind of savage grace. These moments are not merely showcases of choreography; they are expressions of character. Mei fights the way she lives: resourceful, relentless, and unencumbered by sentimentality.

And yet, for all its kinetic bravura, the film resists becoming a hollow spectacle. Its emotional counterweight arrives in the form of Marcello, played by Enrico Borello with a soulful restraint that borders on fragility. Marcello is a chef, tethered to his kitchen and to the lingering absence of his father. Where Mei is all forward momentum, Marcello is suspended—caught between duty and inertia, grief and resignation. Their meeting is less a collision than a slow alignment, two trajectories bending toward one another under the pressure of shared loss.

The dynamic between Mei and Marcello is one of the film’s most intriguing elements, precisely because it refuses easy resolution. Language itself becomes an obstacle; their conversations are mediated through translators, resulting in exchanges that feel halting, provisional. Mainetti leans into this awkwardness, allowing silence and miscommunication to shape the rhythm of their relationship. It is a romance, of sorts, but one stripped of conventional gestures. There are no sweeping declarations, no tidy arcs of emotional convergence. Instead, what emerges is something more tentative and, ultimately, more honest: a fragile alliance forged in the crucible of necessity.

Narratively, The Forbidden City is unabashedly overstuffed. The plot spirals through threads of human trafficking, organized crime, familial betrayal, and cross-cultural tension, occasionally threatening to collapse under its own weight. There are moments when exposition is either rushed or conspicuously absent, leaving gaps that the audience must bridge on intuition alone. Yet this excess feels almost deliberate—a reflection of the chaotic world the film inhabits. Mainetti seems less interested in narrative tidiness than in emotional and sensory impact.

What anchors this sprawl is the film’s action, which is nothing short of extraordinary. Mainetti demonstrates a command of spatial clarity and rhythmic pacing that rivals the best practitioners of the genre. The fight sequences are not only meticulously choreographed but also narratively purposeful, each confrontation escalating the stakes while revealing new facets of character. There is a tactile quality to the violence—the clang of metal, the crunch of bone, the slick sheen of spilled oil—that grounds even the most stylized moments in a visceral reality.

At times, the film flirts with tonal dissonance, veering from brutal violence to moments of almost whimsical absurdity. A gangster’s offhand philosophical musings about cultural difference—“in Italy, everything is permitted and nothing is important; in China, everything is important and nothing is permitted”—encapsulate the film’s thematic core while also hinting at its playful self-awareness. This oscillation between gravity and levity is risky, but Mainetti navigates it with surprising confidence, allowing the film to occupy a space that feels at once operatic and street-level.

If there is a lingering critique to be made, it lies in the film’s occasional reliance on familiar tropes. The quest for a missing sibling, the reluctant partnership, the climactic reckoning with a shadowy antagonist—these are narrative beats we have seen before. But The Forbidden City revitalizes them through context and execution, filtering well-worn structures through a distinctly hybrid sensibility.

Ultimately, what lingers is not the intricacy of the plot but the force of the experience. The Forbidden City is a film that moves—literally and figuratively—with a rare sense of urgency. It pulses with life, with contradiction, with the friction of cultures colliding and coexisting. In Mei, it offers a heroine who is as formidable as she is enigmatic, a figure who commands the screen not through dialogue but through presence.

Mainetti has, in effect, created a “Spaghetti Eastern,” a genre unto itself, where the traditions of Italian cinema and East Asian action filmmaking are not merely juxtaposed but fused into something new. It is an ambitious, sometimes unwieldy, but undeniably exhilarating work—a film that leaves bruises as well as impressions.

In an era of increasingly homogenized global cinema, The Forbidden City feels like a defiant anomaly. It is messy, muscular, and unapologetically itself. And in that refusal to conform, it achieves something rare: it surprises.

LENA GHIO   

SAT FEST 2026 • 24 mars 2026 28 mars 2026 page 2

SATFEST 2026
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Ce que j’ai repéré dans les œuvres vives et colorées de la compétition SAT Fest du 26 mars, c’est avant tout une quête de transcendance, un élan persistant vers une forme de divin diffus qui semble sous-tendre la vie et les images elles-mêmes. Ces créations fulldome, par leur nature immersive, ne se contentent pas d’être vues : elles se vivent physiquement, modifiant notre perception de l’espace, du mouvement et même du corps.

Dans Stratum d’Eric Hanson, cette recherche prend une forme à la fois poétique et sensorielle. Le film nous place au centre d’un cercle de huit baleines suspendues dans un sommeil vertical, leurs visages orientés vers la surface, comme en attente d’une élévation. Cette image initiale, déjà étrange, devient rapidement hypnotique grâce à un beat sonore captivant qui structure l’expérience. Peu à peu, nous semblons émerger de l’océan avec elles, comme si notre point de vue était libéré de la gravité. Le paysage se transforme alors en une série de formes sinueuses, presque minérales, et les baleines elles-mêmes se métamorphosent en masses rocheuses. Le passage du vivant au minéral s’opère sans rupture, comme si tout appartenait à un même continuum. Dans le contexte fulldome, cette transition est amplifiée : le spectateur n’observe pas ce mouvement, il le traverse. La sensation de vol est réelle, presque troublante, et participe pleinement à cette impression d’ascension vers un ailleurs indéfini.

Allies of Ascension de Le Faux Pierre Lapointe et Andrea Gozzi

Avec Allies of Ascension de Le Faux Pierre Lapointe et Andrea Gozzi, la dimension spirituelle se fait plus explicite. L’œuvre convoque un imaginaire visuel qui évoque immédiatement les grandes fresques religieuses, rappelant certaines compositions de la chapelle Sixtine, mais en les projetant dans une esthétique numérique et immersive. Des figures angéliques émergent en quantité presque infinie, se multipliant et se déployant dans toutes les directions. Le spectateur est littéralement enveloppé par cette présence céleste. La structure visuelle évolue vers une forme kaléidoscopique, où les motifs se répètent, se reflètent et se transforment en permanence. Cette dynamique crée une impression d’enchantement continu, comme si l’on était entraîné dans un mouvement ascendant sans fin. Ici encore, le fulldome joue un rôle essentiel : il abolit les repères traditionnels et immerge le regard dans une architecture mouvante, où le haut et le bas perdent leur sens au profit d’une expérience purement sensorielle et spirituelle.

À l’opposé, The Rift création britanique de 4PI productions propose un retour à la matérialité du monde, sans pour autant abandonner cette idée de connexion profonde. Quatre jeunes danseurs évoluent dans un paysage naturel africain, s’intégrant progressivement à leur environnement. Leurs corps dialoguent avec les éléments : la végétation, les rochers, la texture du sol. Le mouvement chorégraphique semble naître directement du lieu, comme si les danseurs devenaient une extension du paysage. Contrairement aux œuvres précédentes, il ne s’agit plus de s’élever vers le ciel, mais de s’ancrer dans la terre, de retrouver une forme d’unité avec le vivant. Pourtant, cette immersion reste profondément transcendante, dans la mesure où elle dissout la frontière entre l’humain et la nature.

Ces trois œuvres, bien que très différentes dans leurs approches, partagent ainsi une même ambition : transformer la perception pour ouvrir un espace de contemplation et de dépassement. Le fulldome, en enveloppant totalement le spectateur, devient un outil privilégié pour explorer ces états limites, entre le corps, l’image et le sacré.

La SAT va présenter des projections des oeuvres gagnantes du 31 mars au 29 avril 2026. À NE PAS MANQUER! INFOS

LENA GHIO   

Wednesday, March 25, 2026

SAT FEST 2026 • 24 mars 2026 28 mars 2026


SAT FEST 2026

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À Montréal, certaines expériences culturelles ne se contentent plus d’être vues — elles se vivent, se traversent, se ressentent physiquement. Le SAT Fest 2026 s’impose précisément comme l’un de ces rares événements capables de redéfinir notre rapport à l’image, au son et à la narration. Pendant cinq jours, du 24 au 28 mars, la Satosphère devient un laboratoire sensoriel total, où le cinéma s’émancipe de l’écran pour épouser l’architecture même du regard.

Ce festival, désormais incontournable dans l’écosystème culturel québécois, ne se contente pas de programmer des œuvres : il orchestre une immersion complète dans le langage fulldome. Avec 52 courts métrages issus de 14 pays, l’édition 2026 témoigne d’une vitalité artistique exceptionnelle, où se côtoient récits narratifs, abstractions visuelles et explorations sensorielles radicales. Chaque projection devient un rituel collectif, une plongée dans un espace où la gravité visuelle disparaît au profit d’une perception à 360 degrés.

Ce qui distingue fondamentalement le SAT Fest, c’est sa capacité à transformer le spectateur en participant actif. Allongé sous le dôme, le public n’observe plus une œuvre : il y est littéralement intégré. Les films comme Architecture of the VoidBiomorphic Dreams ou Florescence repoussent les limites de la narration classique pour explorer des formes hybrides, à mi-chemin entre art numérique, science et poésie.

Le fulldome devient ici un médium à part entière, encore jeune mais déjà chargé de promesses. Dans un monde saturé d’écrans plats et de contenus fragmentés, cette approche immersive réintroduit une forme de lenteur, d’attention et de présence. Elle oblige à regarder autrement — avec le corps autant qu’avec les yeux.


Le SAT Fest Pro : penser l’avenir de l’immersion. Au-delà des projections, le SAT Fest Pro constitue un pilier essentiel de l’événement. Pendant trois jours, artistes, studios, centres d’art et entrepreneurs se réunissent pour réfléchir aux mutations en cours dans les industries créatives. Panels, ateliers et discussions abordent des enjeux cruciaux : co-création, adaptation technologique, développement de réseaux internationaux.

Dans un Québec où les industries culturelles cherchent constamment à se renouveler, cet espace de dialogue agit comme un accélérateur d’idées. Il permet non seulement de connecter les talents locaux aux scènes internationales, mais aussi de positionner Montréal comme un hub majeur de la création immersive.

Le SAT Fest, c’est aussi une ambiance. Entre les rencontres, les discussions improvisées à la buvette et les moments de réseautage, l’événement cultive une énergie collective rare. Cette effervescence culminera avec le party de clôture Off-Dômesicle, où le dôme se métamorphose en piste de danse immersive. Visuels 360°, musique électronique montréalaise et performances live fusionnent pour offrir une expérience sensorielle totale.

Ce passage du cinéma à la fête n’est pas anodin : il illustre parfaitement la philosophie du festival. L’immersion n’est pas qu’un format artistique — c’est une manière d’habiter le monde autrement.

Dans un contexte où les technologies immersives — réalité virtuelle, réalité augmentée, environnements interactifs — redéfinissent les industries culturelles, le SAT Fest agit comme un observatoire privilégié des mutations en cours. Mais surtout, il rappelle une chose essentielle : la technologie, aussi avancée soit-elle, n’a de valeur que lorsqu’elle sert une vision artistique.

Pour les Québécois·es, c’est une occasion unique de découvrir des œuvres introuvables ailleurs, de rencontrer des créateurs visionnaires et de participer à une conversation globale sur l’avenir de la création. Le SAT Fest n’est pas seulement un festival : c’est une expérience transformatrice, un espace où l’imaginaire collectif se réinvente.


Une ouverture vers tous les publics

L’édition 2026 marque également un tournant avec l’introduction du Petit SAT Fest, un volet familial qui démocratise l’expérience fulldome. En invitant enfants et parents à découvrir ensemble des œuvres poétiques et ludiques, le festival élargit son audience tout en semant les graines d’une nouvelle génération de créateurs et de spectateurs.

Le kiosque de création interactive, où les participants peuvent expérimenter l’animation, incarne parfaitement cette volonté de rendre l’immersion accessible. Ici, la technologie cesse d’être intimidante pour devenir un terrain de jeu.

Reality looks back, film d'ouverture bande annonce

Reality Looks Back — Quand la science remplace le sacré

Un des deux film d’ouverture du SAT Fest 2026Reality Looks Back de la cinéaste danoise Anne Jeppesen propose une œuvre ambitieuse, à la croisée de la science, de la philosophie et de l’expérience immersive. Fascinée par les mystères de la mécanique quantique, la réalisatrice y explore une idée audacieuse : et si les grandes questions existentielles, autrefois réservées au spirituel, trouvaient désormais leurs réponses dans la science ? Dès les premières minutes, le film impose une esthétique hypnotique. Les particules, les flux d’énergie et les structures invisibles de la matière prennent vie dans le dôme, enveloppant le spectateur dans une chorégraphie cosmique. L’effet est saisissant : la mécanique quantique, souvent perçue comme abstraite et inaccessible, devient ici une expérience sensorielle presque intime.

Mais Reality Looks Back ne se contente pas de vulgariser la science. Il propose une véritable réflexion sur notre rapport au réel. En remplaçant les récits spirituels par des modèles scientifiques, Jeppesen pose une question troublante : que perd-on — ou que gagne-t-on — lorsque le mystère est expliqué ? Le film navigue habilement entre émerveillement et vertige. D’un côté, il célèbre la beauté des lois physiques, leur élégance et leur capacité à structurer l’univers. De l’autre, il suggère une forme de désenchantement : si tout peut être expliqué, reste-t-il encore une place pour le sacré ?

Cette tension constitue le cœur émotionnel de l’œuvre. Contrairement à certains films scientifiques didactiques, Reality Looks Back ne cherche pas à imposer une vérité. Il ouvre plutôt un espace de contemplation, où le spectateur est invité à confronter ses propres croyances. L’utilisation du format fulldome renforce cette dimension introspective. En abolissant les frontières de l’écran, le film crée une sensation d’infini qui résonne parfaitement avec son sujet. Le spectateur ne regarde pas l’univers : il s’y dissout. Cependant, cette ambition n’est pas sans limites. À certains moments, la densité conceptuelle du film peut créer une distance émotionnelle. Le discours scientifique, bien que fascinant, prend parfois le pas sur la narration, rendant l’expérience plus cérébrale que sensible.

Malgré cela, Reality Looks Back demeure une œuvre marquante. Elle incarne parfaitement l’esprit du SAT Fest : repousser les frontières du médium tout en questionnant notre place dans le monde. En remplaçant le mystique par le quantique, Jeppesen ne détruit pas le mystère — elle le transforme.

Et c’est peut-être là sa plus grande réussite.

INFOS ICI

LENA GHIO   

Monday, March 23, 2026

44e ArtFIFA en ligne • Wider Than the Sky de Valerio Jalongo

FIFA en ligne

BANDE ANNONCE

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Avec Wider Than the Sky, présenté en première nord-américaine au Festival du Film sur L'Art 2026, Valerio Jalongo poursuit une trajectoire singulière dans le paysage documentaire contemporain : celle d’un cinéaste fasciné par les systèmes complexes et les zones de friction entre science, philosophie et expérience humaine. Après avoir interrogé les liens entre physique et esthétique dans The Sense of Beauty, il s’attaque ici à ce qui constitue sans doute l’un des enjeux majeurs de notre époque : l’intelligence artificielle. Mais plutôt que d’adopter une posture alarmiste ou technophobe, Jalongo choisit un angle résolument contemplatif, presque lyrique, qui fait à la fois la force et la limite de son film.

Le projet est ambitieux. En croisant les regards de scientifiques, de danseurs, d’artistes et d’ingénieurs, le réalisateur tente de répondre à une question vertigineuse : est-il possible de transférer à la machine ce que l’on pourrait appeler le « cœur » du cerveau humain ? Empathie, imagination, capacité à ressentir et à coopérer — autant de qualités qui, jusqu’à récemment, semblaient inaccessibles aux systèmes artificiels. À travers une série de rencontres et de dispositifs visuels soignés, le film explore cette hypothèse sans jamais sombrer dans la démonstration didactique.

Visuellement, Wider Than the Sky impressionne. La photographie d’Ian Oggenfuss, d’une précision clinique, capte aussi bien la froideur aseptisée des laboratoires que la chaleur organique des studios de danse. Le montage de Michelangelo Garrone privilégie les correspondances sensibles : un geste chorégraphique répond à une simulation neuronale, une interface numérique dialogue avec un visage humain. Ce jeu d’échos crée une continuité poétique entre des univers que tout semble opposer. La musique de Kety Fusco, discrète mais enveloppante, accentue cette impression d’immersion dans un espace intermédiaire, à mi-chemin entre le tangible et l’abstrait.

Le film trouve également sa singularité dans sa volonté de rapprocher l’art et la science. Jalongo filme des corps en mouvement, des regards concentrés, des machines en apprentissage, comme s’il cherchait à révéler une même énergie créatrice à l’œuvre dans ces différents champs. Cette approche culmine dans certaines séquences où un robot humanoïde dialogue avec des humains sur la nature des émotions. Ces moments, parfois troublants, interrogent la frontière entre imitation et expérience réelle : simuler un sentiment suffit-il à le rendre authentique ?

C’est précisément dans cette zone d’incertitude que le documentaire déploie toute sa puissance évocatrice. Jalongo ne cherche pas à trancher, mais à ouvrir des pistes, à suggérer que l’intelligence artificielle pourrait devenir un prolongement de notre humanité plutôt qu’une menace. Il propose une vision presque utopique d’une « intelligence collective », nourrie par les savoirs accumulés au fil de l’histoire humaine et mise au service du bien commun. Cette idée, inspirée notamment par des collaborations internationales comme le Human Brain Project, constitue le cœur idéologique du film.

Cependant, cette orientation, aussi séduisante soit-elle, soulève un problème majeur : en privilégiant une approche poétique et spéculative, Wider Than the Sky évite soigneusement les questions les plus urgentes et les plus dérangeantes liées à l’intelligence artificielle aujourd’hui. L’impact environnemental des technologies numériques, les logiques de concentration du pouvoir économique, les usages militaires et sécuritaires de l’IA — autant de dimensions cruciales qui sont à peine évoquées, voire totalement absentes.

Ce choix n’est pas anodin. Il confère au film une dimension abstraite qui peut donner le sentiment d’un certain décalage avec la réalité contemporaine. À l’heure où l’IA est déjà utilisée pour surveiller, classifier, prédire et parfois tuer, l’absence d’une réflexion politique approfondie apparaît comme une lacune difficile à ignorer. Jalongo semble conscient de ces enjeux — son mot de réalisation évoque explicitement les risques de contrôle social et de dérives autoritaires — mais ces préoccupations restent en marge du film lui-même, comme reléguées hors champ.

Ce décalage est d’autant plus frappant que le rythme effréné des avancées technologiques rend certaines réflexions du documentaire presque obsolètes au moment même de sa sortie. Là où Jalongo s’émerveille encore de la capacité des machines à « halluciner » ou à produire des formes artistiques, le spectateur contemporain, déjà familiarisé avec ces phénomènes, peut ressentir une forme de redondance. Le film semble courir après un présent qui lui échappe constamment.

Pour autant, réduire Wider Than the Sky à ses insuffisances serait injuste. Car ce que le film perd en acuité politique, il le gagne en profondeur philosophique. Jalongo pose une question essentielle : qu’est-ce qui fait de nous des êtres humains ? En cherchant à comprendre si une machine peut ressentir, il nous oblige à interroger notre propre rapport aux émotions, à la conscience, à la créativité. Le film agit ainsi comme un miroir, reflétant nos espoirs, nos peurs et nos contradictions face à une technologie qui nous ressemble de plus en plus.

Il y a dans cette démarche une forme de sincérité désarmante. Jalongo ne diabolise pas l’intelligence artificielle, mais refuse également de la célébrer aveuglément. Il adopte une position intermédiaire, cherchant à imaginer une cohabitation possible entre l’humain et la machine. Cette nuance, rare dans un débat souvent polarisé, mérite d’être saluée. Mais elle aurait gagné à s’accompagner d’une analyse plus rigoureuse des rapports de force qui structurent le développement de ces technologies.

En fin de compte, Wider Than the Sky est un film paradoxal. À la fois fascinant et frustrant, inspirant et incomplet. Il séduit par sa beauté formelle et la richesse de ses intuitions, mais laisse un goût d’inachevé par son refus d’affronter pleinement les enjeux politiques et économiques de l’intelligence artificielle. C’est un film qui regarde vers le ciel — vers l’infini des possibles — mais qui oublie parfois de garder les pieds sur terre.

Ce paradoxe en fait néanmoins une œuvre précieuse. Non pas parce qu’elle apporte des réponses définitives, mais parce qu’elle invite à poursuivre la réflexion. À une époque où les discours sur l’IA oscillent entre fascination naïve et catastrophisme, Jalongo propose une troisième voie, plus fragile, plus incertaine, mais aussi plus humaine. Une voie qui, malgré ses limites, mérite d’être explorée.

J'ai accompagné mon visionnement en ligne avec le court métrage L'Enfant film de Louise Deschamps.

 FIFA en ligne jusqu'au 29 mars 2026

Sunday, March 22, 2026

What if I tried?

 

FRANÇAIS app de traduction plus haut

There’s a quiet moment that exists just before everything changes. It doesn’t look dramatic. There’s no music swelling in the background, no spotlight, no announcement. It’s just a thought—small, almost unnoticeable:

What if I tried?

That single question has built cities, healed divisions, crossed oceans, and rewritten the limits of what we believe is possible. Every extraordinary story you’ve ever known began in that exact place: uncertainty paired with a flicker of courage.

We are taught to wait for the perfect time. When we’re ready. When we’re confident. When we have the approval, the resources, the guarantee. But history—your own life included—doesn’t move forward because people were ready. It moves because they acted anyway.

You don’t need to be fearless to begin. You just need to decide that fear doesn’t get the final vote.

Right now, somewhere in the world, someone is starting from less than you have and still choosing to move forward. Not because it’s easy, but because staying still has become more painful than trying. That’s the turning point—not when conditions improve, but when your decision does.

The truth is, you are far more capable than you’ve been led to believe. Not in a vague, motivational sense—but in a real, practical way. You can learn what you don’t know. You can build what doesn’t exist. You can recover from failure, even if it feels impossible in the moment. Humans do it every single day.

What stops most people isn’t lack of ability. It’s the weight of doubt, the fear of judgment, the comfort of the familiar. It’s the voice that says, “Who do you think you are?”

But there’s another voice, quieter and often ignored, that asks something much more powerful:

“Why not you?”

Why not be the one who starts the idea, who speaks up, who creates something meaningful, who changes one life—or a million? Why not be the person who refuses to shrink just to fit into expectations that were never designed for your potential?

You don’t have to change the entire world to matter. You just have to change one moment. One decision. One action. Because impact doesn’t spread through grand gestures alone—it grows through consistency, through courage in small steps, through showing up again and again when it would be easier not to.

And here’s the part most people overlook: your existence already shifts the world. The way you treat others, the energy you bring into a room, the risks you take or avoid—it all ripples outward in ways you may never fully see.

So if you’re waiting for permission, consider this it.

Start the project. Send the message. Learn the skill. Take the step.

Not because it’s guaranteed to work—but because doing nothing guarantees that it won’t.

One day, you’ll look back at this version of yourself and realize this was the moment everything could have changed.

And maybe—just maybe—

this is the moment it does.

Friday, March 20, 2026

Viktor par Olivier Sarbil au 44e ArtFIFA


Bande Annonce

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Dans Viktor, documentaire âpre et délicatement sculpté, Olivier Sarbil ne filme pas seulement la guerre — il en capte le silence. Ce silence n’est pas une absence, mais une matière dense, presque tactile, qui enveloppe chaque image et transforme l’expérience du spectateur en immersion sensorielle troublante. Présenté cette semaine au Festival International du Film sur l’Art, (FIFA) où il a remporté le Prix du meilleur portrait, le film s’impose comme une œuvre rare, à la fois profondément humaine et formellement audacieuse.

Dès ses premières images, Viktor s’éloigne des codes attendus du documentaire de guerre. Ici, pas de narration didactique ni de surenchère spectaculaire. Sarbil, cinéaste et chef opérateur aguerri, choisit une approche presque contemplative, en suivant Viktor Korotovskyi, jeune homme sourd vivant dans la région de Kharkiv, au moment où l’invasion russe bouleverse l’Ukraine. Ce choix de protagoniste n’est pas anodin : il devient le prisme à travers lequel la guerre se redéfinit, dépouillée de son vacarme habituel pour révéler une autre forme de violence — plus sourde, plus insidieuse.

Viktor est un personnage fascinant, non pas parce qu’il incarne une figure héroïque au sens traditionnel, mais parce qu’il déconstruit précisément cette notion. Nourri par les récits de guerre et fasciné par les samouraïs, il rêve de devenir combattant. Pourtant, sa surdité l’exclut d’emblée de ce rôle. Ce refus initial agit comme une fissure dans son imaginaire : la guerre qu’il fantasmait se dérobe, laissant place à une réalité où l’héroïsme ne passe pas nécessairement par les armes.


Sarbil accompagne cette transformation avec une sensibilité remarquable. Sa caméra, souvent proche des corps et des visages, capte les hésitations, les élans et les silences de Viktor avec une pudeur presque tactile. Il ne cherche jamais à dramatiser artificiellement la trajectoire de son sujet. Au contraire, il laisse émerger une vérité fragile, parfois inconfortable : celle d’un homme en quête de sens dans un monde qui semble en être dépourvu.

L’un des aspects les plus saisissants du film réside dans son travail sonore. Paradoxalement, c’est en explorant la surdité que Viktor devient une expérience sonore d’une richesse exceptionnelle. Le design sonore, élaboré avec une précision chirurgicale, joue sur les contrastes entre immersion et retrait. Par moments, le spectateur est plongé dans une quasi-absence de son, partageant la perception de Viktor ; à d’autres, des fragments sonores surgissent, déformés, amplifiés, presque menaçants. Cette oscillation crée une tension constante, une instabilité sensorielle qui reflète parfaitement l’état du protagoniste.

Mais au-delà de sa prouesse technique, le film touche par sa dimension profondément intime. Le parcours de Viktor est aussi celui d’une redéfinition de la masculinité. Loin des archétypes virils associés à la guerre, il incarne une fragilité assumée, une vulnérabilité qui devient progressivement une force. En choisissant de s’engager comme photographe plutôt que comme soldat, il adopte une posture qui pourrait être perçue comme marginale, mais qui s’avère en réalité essentielle : celle du témoin.

Cette position de témoin résonne fortement avec celle du réalisateur lui-même. Sarbil, marqué physiquement et sensoriellement par ses propres expériences en zone de guerre, établit un dialogue implicite avec son sujet. Cette proximité ne tombe jamais dans l’autobiographie envahissante, mais elle confère au film une profondeur supplémentaire. On sent, dans chaque plan, une compréhension intime des enjeux, une empathie qui dépasse la simple observation.

Visuellement, Viktor est d’une beauté saisissante, presque dérangeante. Sarbil parvient à capturer des images d’une grande élégance dans un contexte de destruction. Les paysages de Kharkiv, entre ruines et vastes étendues, deviennent le théâtre d’une poésie étrange, où la lumière semble lutter contre l’effondrement. Cette esthétique ne cherche pas à embellir la guerre, mais à en révéler les contradictions : la coexistence du chaos et de la beauté, de la vie et de la mort.

Le montage, précis et fluide, accompagne cette dualité sans jamais la surligner. Il laisse respirer les images, accepte les silences, refuse la précipitation. Ce rythme contemplatif pourrait dérouter certains spectateurs habitués à des récits plus dynamiques, mais il s’impose ici comme une nécessité. Il permet d’entrer véritablement dans le temps de Viktor, de ressentir l’attente, l’incertitude, la lente transformation intérieure.

Ce qui distingue véritablement Viktor, c’est sa capacité à déplacer le regard. Là où de nombreux films sur la guerre cherchent à expliquer, à contextualiser, voire à convaincre, celui-ci choisit de faire ressentir. Il ne s’agit pas de comprendre la guerre dans sa globalité géopolitique, mais de la vivre à hauteur d’homme — ou plutôt, à hauteur d’un homme que la guerre prive d’un de ses sens, et qui, paradoxalement, semble voir plus clair que les autres.

Le film interroge également la notion d’appartenance. Viktor, rejeté par l’institution militaire, doit inventer sa propre manière de participer à l’effort collectif. Cette quête d’utilité, presque existentielle, trouve une résonance universelle. Qui sommes-nous face à la catastrophe ? Quelle est notre place lorsque les rôles traditionnels nous sont refusés ? Viktor ne donne pas de réponses définitives, mais il ouvre un espace de réflexion d’une rare profondeur.


Il y a, dans certaines séquences, une dimension presque méditative. Viktor, seul avec son appareil photo, observe le monde avec une attention minutieuse. Chaque geste devient signifiant, chaque regard chargé de sens. Ces moments suspendus offrent un contrepoint essentiel à la violence environnante. Ils rappellent que, même au cœur du chaos, il subsiste des espaces de contemplation, des fragments d’humanité qui résistent.

La musique, discrète mais évocatrice, accompagne cette dimension introspective sans jamais l’écraser. Elle agit comme un fil invisible, reliant les différentes strates du film — le réel, l’imaginaire, le souvenir. Elle contribue à cette sensation d’apesanteur qui traverse certaines scènes, comme si le temps lui-même hésitait à avancer.

En définitive, Viktor est bien plus qu’un documentaire sur la guerre en Ukraine. C’est une méditation sur le silence, sur l’identité, sur la manière dont les êtres humains se réinventent face à l’adversité. C’est aussi un geste profondément politique, non pas dans son discours explicite, mais dans son choix de donner la parole — ou plutôt, la présence — à une voix rarement entendue.

Le Prix du meilleur portrait décerné au film apparaît alors comme une évidence. Car ce que Sarbil réussit ici dépasse le simple exercice de style : il crée une rencontre. Une rencontre entre un cinéaste et son sujet, entre une œuvre et son public, entre le bruit du monde et le silence intérieur.

Et dans ce silence, paradoxalement, résonne quelque chose d’essentiel : une humanité nue, fragile, mais irréductiblement vivante.

Dès ce fin de semaine, le FIFA se poursuit en ligne.

LENA GHIO