| DÉVOILEMENT DE LA PROGRAMMATION 2026 |
Dans la douceur encore fraîche d’un printemps montréalais qui hésite entre lumière et frisson, la soirée du 24 mars 2026 avait quelque chose d’un prélude. Un murmure d’excitation traversait la salle, les verres tintaient, les regards se croisaient avec cette complicité propre aux grands rendez-vous artistiques. C’est dans cette ambiance festive et vibrante qu’a été dévoilée la programmation du Festival TransAmériques 2026 — une édition anniversaire qui s’annonce comme un véritable kaléidoscope des imaginaires des Amériques.
Du 28 mai au 10 juin, Montréal deviendra une scène ouverte sur le monde, un territoire de rencontres où les langues, les corps et les récits circulent librement. Pour sa 20e édition, le festival revendique plus que jamais son ancrage continental : du Nord au Sud, les voix se répondent, se confrontent et s’entrelacent. Théâtre, danse, performance — les disciplines dialoguent dans une programmation dense, habitée par des préoccupations contemporaines brûlantes.
Dès les premiers jours, le ton est donné avec Baldwin and Buckley at Cambridge, une œuvre incisive de la compagnie new-yorkaise Elevator Repair Service. En revisitant le célèbre débat de 1965 entre James Baldwin et , la pièce réactive une question essentielle : sur quelles fondations repose le rêve américain ? À l’heure où les tensions identitaires et sociales traversent encore les sociétés, ce face-à-face résonne avec une troublante actualité. Le théâtre devient ici un espace de pensée, un lieu où les idées s’affrontent avec élégance et urgence.
| PHOTO JAZMIN TESONE, FOURNIE PAR LE FTA Adentro ! |
La danse, quant à elle, s’impose comme une langue fluide, capable de dire ce que les mots taisent. Avec The Romeo, le chorégraphe Trajal Harrell propose une fresque spectaculaire où les styles se télescopent. Voguing, danse postmoderne, références historiques : tout se mêle dans une cérémonie étrange et somptueuse, portée par une distribution foisonnante. C’est une œuvre qui trouble les repères temporels et esthétiques, et qui invite à repenser les filiations culturelles.
Dans un registre tout aussi physique mais plus introspectif, from rock to rock… aka how magnolia was taken for granite de Jeremy Nedd explore la mémoire des corps et des paysages. Les interprètes, penchés vers l’avant, semblent porter le poids de l’histoire tout en avançant, obstinément. Le mouvement devient une archive vivante, une manière de raconter ce qui a été enfoui.
Le théâtre québécois n’est pas en reste, avec Querelle de Roberval, une œuvre intense signée Kev Lambert et Olivier Arteau. À travers le personnage de Querelle, jeune ouvrier à la fois désiré et rejeté, la pièce tisse une fable à la fois écologique, sexuelle et politique. C’est un théâtre charnel, dérangeant, qui ose regarder en face les tensions d’une communauté en crise.
| PHOTO ORPHEAS-EMIRZAS, FOURNIE PAR LE FTA The Romeo, une œuvre du danseur et chorégraphe Trajal Harrell |
L’international s’invite aussi avec des propositions audacieuses comme Vampyr de Manuela Infante. Entre humour noir et réflexion philosophique, cette œuvre détourne la figure du vampire pour interroger nos systèmes de pensée et nos peurs collectives. Le fantastique devient ici un outil critique, un miroir déformant de nos obsessions. Au cœur de cette édition, certaines œuvres se distinguent par leur puissance intime. C’est le cas de Mi madre y el dinero de Anacarsis Ramos, présentée comme l’un des joyaux du festival. Sur scène, l’artiste partage un moment rare avec sa propre mère, dans un récit où se mêlent humour, lucidité et émotion brute. Cette rencontre entre théâtre et vie incarne parfaitement l’esprit du FTA : un art ancré dans le réel, mais capable de le transcender.
La programmation fait également la part belle aux formes hybrides et performatives. Réquiem para un alcaraván de Lukas Avendaño convoque des rituels ancestraux dans une performance à la fois spirituelle et politique. Le corps devient un lieu de mémoire, un espace de résistance. Dans Monga, l’artiste brésilienne Jéssica Teixeira brouille les frontières entre musique, théâtre et performance. Masque, nudité, transformation : tout concourt à créer une expérience sensorielle déroutante, où les identités se recomposent sous nos yeux. Parmi les autres propositions marquantes, citons L'éther de Marie Brassard, qui explore les états de conscience et les réalités altérées, ou encore Уя (Nid), une œuvre énigmatique qui interroge les notions de foyer et d’appartenance.
Mais le FTA, ce n’est pas seulement une succession de spectacles. C’est aussi une expérience, un engagement. À travers L’expérience FTA, le public est invité à soutenir concrètement la création artistique. En contribuant, chacun participe à offrir aux artistes le temps et les moyens nécessaires pour faire émerger de nouvelles œuvres. Cette année, l’initiative met en lumière Mi madre y el dinero, soulignant l’importance de soutenir des projets profondément humains et singuliers.
| PHOTO STÉPHANE BOURGEOIS, FOURNIE PAR LE FTA Querelle de Roberval |
L’esprit de fête se prolonge également avec la soirée-bénéfice, moment de rassemblement et de célébration où la communauté artistique et le public se rencontrent autrement. Car le FTA est aussi cela : un lieu de convivialité, de partage, où les œuvres continuent de vivre dans les discussions, les émotions et les souvenirs qu’elles laissent derrière elles.
Pour les spectateurs curieux, le festival propose un forfait découverte permettant d’explorer plusieurs spectacles phares à tarif avantageux, notamment Baldwin and Buckley at Cambridge, Vampyr, The Romeo et from rock to rock…. Une invitation à se laisser surprendre, à sortir des sentiers battus.
Au fond, cette 20e édition du Festival TransAmériques apparaît comme un geste artistique et politique fort. Dans un monde fragmenté, elle propose un espace de circulation, d’écoute et de transformation. Elle nous rappelle que les arts de la scène ne sont pas seulement des formes esthétiques, mais des lieux de pensée, de mémoire et de résistance.
Et tandis que la ville s’apprête à vibrer au rythme de ces créations venues des trois Amériques, une chose est certaine : pendant deux semaines, Montréal ne sera pas tout à fait la même. Elle sera traversée par des voix multiples, des corps en mouvement, des récits puissants. Elle sera, plus que jamais, une scène vivante.
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