| SATFEST 2026 |
Ce que j’ai repéré dans les œuvres vives et colorées de la compétition SAT Fest du 26 mars, c’est avant tout une quête de transcendance, un élan persistant vers une forme de divin diffus qui semble sous-tendre la vie et les images elles-mêmes. Ces créations fulldome, par leur nature immersive, ne se contentent pas d’être vues : elles se vivent physiquement, modifiant notre perception de l’espace, du mouvement et même du corps.
Dans Stratum d’Eric Hanson, cette recherche prend une forme à la fois poétique et sensorielle. Le film nous place au centre d’un cercle de huit baleines suspendues dans un sommeil vertical, leurs visages orientés vers la surface, comme en attente d’une élévation. Cette image initiale, déjà étrange, devient rapidement hypnotique grâce à un beat sonore captivant qui structure l’expérience. Peu à peu, nous semblons émerger de l’océan avec elles, comme si notre point de vue était libéré de la gravité. Le paysage se transforme alors en une série de formes sinueuses, presque minérales, et les baleines elles-mêmes se métamorphosent en masses rocheuses. Le passage du vivant au minéral s’opère sans rupture, comme si tout appartenait à un même continuum. Dans le contexte fulldome, cette transition est amplifiée : le spectateur n’observe pas ce mouvement, il le traverse. La sensation de vol est réelle, presque troublante, et participe pleinement à cette impression d’ascension vers un ailleurs indéfini.
| Allies of Ascension de Le Faux Pierre Lapointe et Andrea Gozzi |
Avec Allies of Ascension de Le Faux Pierre Lapointe et Andrea Gozzi, la dimension spirituelle se fait plus explicite. L’œuvre convoque un imaginaire visuel qui évoque immédiatement les grandes fresques religieuses, rappelant certaines compositions de la chapelle Sixtine, mais en les projetant dans une esthétique numérique et immersive. Des figures angéliques émergent en quantité presque infinie, se multipliant et se déployant dans toutes les directions. Le spectateur est littéralement enveloppé par cette présence céleste. La structure visuelle évolue vers une forme kaléidoscopique, où les motifs se répètent, se reflètent et se transforment en permanence. Cette dynamique crée une impression d’enchantement continu, comme si l’on était entraîné dans un mouvement ascendant sans fin. Ici encore, le fulldome joue un rôle essentiel : il abolit les repères traditionnels et immerge le regard dans une architecture mouvante, où le haut et le bas perdent leur sens au profit d’une expérience purement sensorielle et spirituelle.
À l’opposé, The Rift création britanique de 4PI productions propose un retour à la matérialité du monde, sans pour autant abandonner cette idée de connexion profonde. Quatre jeunes danseurs évoluent dans un paysage naturel africain, s’intégrant progressivement à leur environnement. Leurs corps dialoguent avec les éléments : la végétation, les rochers, la texture du sol. Le mouvement chorégraphique semble naître directement du lieu, comme si les danseurs devenaient une extension du paysage. Contrairement aux œuvres précédentes, il ne s’agit plus de s’élever vers le ciel, mais de s’ancrer dans la terre, de retrouver une forme d’unité avec le vivant. Pourtant, cette immersion reste profondément transcendante, dans la mesure où elle dissout la frontière entre l’humain et la nature.
Ces trois œuvres, bien que très différentes dans leurs approches, partagent ainsi une même ambition : transformer la perception pour ouvrir un espace de contemplation et de dépassement. Le fulldome, en enveloppant totalement le spectateur, devient un outil privilégié pour explorer ces états limites, entre le corps, l’image et le sacré.
La SAT va présenter des projections des oeuvres gagnantes du 31 mars au 29 avril 2026. À NE PAS MANQUER! INFOS
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