Sunday, May 3, 2026

L'ÉTÉ 2026 • LA MUSIQUE À MONTRÉAL

FESTIVAL MUSIQUE DE CHAMBRE MONTRÉAL

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Au cœur de Montréal, où les cultures se croisent et les saisons façonnent le rythme de la vie artistique, le Festival de musique de chambre de Montréal - du 9 au 21 juin 2026s’impose, année après année, comme une célébration rare de l’intimité musicale. Fondé en 1995 par le violoncelliste et chef d’orchestre Denis Brott, le festival s’est bâti une réputation enviable : celle d’un rendez-vous où l’excellence rencontre l’audace, et où la proximité entre artistes et public transforme chaque concert en expérience profondément humaine.

La musique de chambre, par essence, refuse la hiérarchie rigide. Elle exige écoute, dialogue et équilibre — une véritable démocratie sonore. Au FMCM, cette philosophie n’est pas qu’un idéal esthétique : elle est le moteur même de la programmation. Les artistes, qu’ils soient consacrés ou en devenir, partagent la scène dans une dynamique de collaboration qui transcende les générations et les parcours. Le résultat est une alchimie palpable, où chaque note semble chargée d’une intention commune.

L’édition 2026 illustre parfaitement cette ambition. Dès les premiers jours, la violoniste Sirena Huang entreprend un marathon artistique avec l’intégrale des œuvres pour violon seul de Johann Sebastian Bach, présentée en trois volets intimistes. Ces concerts du midi, d’une densité émotionnelle remarquable, invitent à une forme de méditation musicale, loin du tumulte quotidien.

Le soir venu, la programmation s’élargit avec des hommages et des dialogues entre époques. « Pour l’amour de Brahms » met en lumière les talents de Kevin Zhu et Illia Ovcharenko, tandis que « Cellobration! » célèbre l’héritage du légendaire Gregor Piatigorsky sous la direction de Brott lui-même. Le festival ne se contente pas de revisiter le canon classique : il le réinvente, le contextualise, et l’ouvre à d’autres horizons.

Cette ouverture se manifeste avec éclat dans « Le monde selon Sinatra, Ellington et Gershwin », où les frontières entre musique de chambre et jazz s’effacent au profit d’un langage commun, vibrant et accessible. Plus loin, une « Soirée à l’opéra » et une « Célébration Chopin » rappellent la richesse expressive du répertoire européen, tandis que « Paris, je t’aime! » rend hommage à l’élégance française de Claude Debussy, Maurice Ravel et Gabriel Fauré.

Mais le FMCM ne serait pas fidèle à sa mission sans son engagement envers la relève. Les concerts gratuits « Midi-Classique : Les étoiles de demain! » offrent une vitrine précieuse à de jeunes musiciens appelés à marquer la scène internationale. Jouant sur des instruments d’exception, ces artistes incarnent la promesse d’un avenir où tradition et innovation coexistent harmonieusement.


Le festival atteindra son apogée avec une « Schubertiade » grandiose à la Maison symphonique de Montréal, réunissant seize musiciens dans une célébration expansive de Franz Schubert. Une conclusion à l’image du FMCM : généreuse, collective et profondément émotive.

Dans un paysage culturel souvent dominé par le spectaculaire, le Festival de musique de chambre de Montréal rappelle avec force que la véritable intensité réside parfois dans la simplicité — dans un regard échangé entre musiciens, dans une respiration partagée, dans le silence qui suit la dernière note.

37e édition des Francos de Montréal

La saison estivale montréalaise trouve chaque année son véritable point de départ aux Francos, et l’édition 2026 ne fait pas exception. À l’occasion de sa 37e édition, le festival emblématique dévoile une programmation riche, ambitieuse et résolument ouverte sur la pluralité des voix francophones. Du 12 au 20 juin, le Quartier des spectacles vibrera au rythme d’artistes confirmés, de figures montantes et de rendez-vous musicaux soigneusement orchestrés.

Le coup d’envoi sera donné dès le 11 juin avec un spectacle de pré-ouverture très attendu d’OrelSan au Centre Bell. Figure majeure du rap français, il incarne parfaitement cette volonté des Francos d’élargir leur portée tout en célébrant la langue française sous toutes ses formes. Cette année, près du quart de la programmation met en lumière des artistes venus d’ailleurs, témoignant d’une francophonie en constante évolution, plurielle et sans frontières.

Au cœur de cette édition, un hommage d’envergure marquera les esprits : les 30 ans de l’album culte Le Dôme de Jean Leloup. Véritable pilier de la musique québécoise, cet opus sera revisité lors d’un concert-événement réunissant une nouvelle génération d’artistes, parmi lesquels Lou-Adriane Cassidy, Klô Pelgag et Les Louanges. Présenté gratuitement sur la Scène Rogers, ce spectacle promet de conjuguer mémoire collective et réinterprétation contemporaine, dans un esprit fidèle à l’audace de l’œuvre originale.

Les Francos 2026 misent également sur des grands rendez-vous qui s’annoncent déjà incontournables. Ariane Roy, en pleine ascension, s’impose comme l’une des performances à surveiller, tout comme les prestations de Klô Pelgag et du singulier disiz. Du côté des légendes, Julien Clerc offrira un moment privilégié à la Salle Wilfrid-Pelletier, rappelant la longévité et la richesse de la chanson francophone.


La nostalgie occupera une place de choix dans la programmation. Marie-Mai enflammera la Scène Loto-Québec avec ses succès populaires, tandis que Lorie proposera deux soirées festives au MTELUS, entre concert et ambiance club. Le groupe Kassav’, pionnier du zouk, viendra quant à lui insuffler une énergie dansante à la soirée d’ouverture extérieure. Le rap québécois, pilier de la scène actuelle, sera célébré en grand le 18 juin avec la Soirée Rapkeb, dix ans après un événement marquant pour le genre. Portée par Koriass et Loud, cette soirée réunira plusieurs figures clés et nouvelles voix prometteuses, témoignant de la vitalité et de la diversité du hip-hop d’ici.

Au-delà des têtes d’affiche, les Francos demeurent un terrain fertile pour la découverte. Des artistes comme Gab Bouchard, Danyl ou encore Luiza illustrent cette volonté de mettre en lumière une relève audacieuse, tandis que des propositions éclectiques viendront enrichir l’expérience des festivaliers. Enfin, la fête se prolongera bien après les concerts grâce au retour des Après-party, qui transformeront le centre-ville en un vaste terrain de célébration nocturne. Entre DJ sets, performances surprises et rencontres artistiques, les nuits promettent d’être aussi vibrantes que les journées. Plus qu’un festival, les Francos de Montréal s’affirment, année après année, comme un espace essentiel de diffusion, de découverte et de célébration de la musique francophone. En 2026, elles confirment leur rôle de carrefour culturel incontournable, où se rencontrent héritage et modernité.

Montréal s’apprête une fois de plus à vibrer au rythme de son événement musical le plus emblématique. Avec le dévoilement de sa 46e édition, le Festival International de Jazz de Montréal confirme son statut de carrefour culturel incontournable, réunissant plus de 350 concerts — dont près des deux tiers sont gratuits — dans une célébration à la fois ancrée dans l'histoire du jazz et résolument tournée vers son avenir.

Au cœur de cette édition : une Scène TD qui promet de rassembler des foules impressionnantes. Des figures locales et internationales y offriront des performances gratuites très attendues, notamment Patrick Watson, dont chaque apparition au festival devient un moment suspendu, ainsi que Willow, qui apporte une fusion audacieuse de R&B, de soul et de jazz. À leurs côtés, des artistes comme Saint Levant et le duo énigmatique Angine de Poitrine témoignent d’une programmation qui embrasse les hybridations contemporaines.

Mais au-delà de l’effervescence populaire, le festival se distingue cette année par une dimension commémorative forte. Trois géants nés en 1926 seront célébrés : Miles Davis, John Coltrane et Tony Bennett. À travers concerts-hommages et relectures d’œuvres majeures, leur héritage sera revisité par une nouvelle génération d’interprètes. Ces moments, à la fois pédagogiques et profondément émotionnels, rappellent combien le jazz demeure une tradition vivante, en constante réinvention.

Cette tension féconde entre mémoire et modernité irrigue toute la programmation. Des figures établies comme Christian McBride et Julian Lage partageront l’affiche avec des artistes émergents qui redéfinissent les contours du genre. La bassiste Mohini Dey, prodige de la fusion jazz, ou encore la chanteuse Annahstasia, incarnent cette relève audacieuse, prête à faire éclater les frontières stylistiques.

Le festival n’oublie pas non plus ses affinités avec d’autres traditions musicales. La présence de formations comme KOKOROKO ou d’icônes populaires telles que Lionel Richie, accompagné de Earth, Wind & Fire, illustre cette volonté d’ouvrir le jazz à ses « cousins » sonores, du funk à la soul en passant par les musiques du monde. Enfin, fidèle à sa mission de démocratisation culturelle, le FIJM continue de faire de Montréal une immense scène à ciel ouvert. Dans un contexte mondial marqué par les fractures, l’événement agit comme un puissant vecteur de rassemblement, où publics et artistes convergent dans un esprit de partage et de découverte. Plus qu’un simple festival, cette 46e édition s’annonce comme une cartographie vivante du jazz — un genre en perpétuelle mutation, porté par celles et ceux qui, hier comme aujourd’hui, en écrivent les prochaines notes.

Au lancement de NEXT le 14 avril dernier.

À l’heure où la pop cherche constamment à se redéfinir, Laurence Nerbonne avance avec une assurance tranquille, mais résolument affirmée. Avec NEXT, son cinquième album lancé en avril, l’autrice-compositrice-interprète québécoise franchit un cap artistique qui dépasse le simple renouvellement esthétique : il s’agit d’un repositionnement intime, presque existentiel.

Depuis ses débuts comme figure de proue du groupe Hôtel Morphée jusqu’à sa consécration en solo — notamment avec XO, couronné aux prix Juno en 2017Nerbonne a toujours cultivé une signature hybride. Pop urbaine, influences hip-hop et trap, sens aigu de la mélodie : son univers s’est construit à la croisée des genres et des disciplines. Car l’artiste, également peintre reconnue, n’a jamais cloisonné sa pratique. Chez elle, musique et image dialoguent, se répondent, se nourrissent.

NEXT s’inscrit dans cette continuité tout en opérant une rupture. Entièrement conçu sous sa propre étiquette, l’album revendique une autonomie totale. Nerbonne y signe presque tout : écriture, composition, réalisation, conception rythmique. Une posture de contrôle créatif qui fait écho à un thème récurrent dans son œuvre — celui de la femme qui se construit elle-même, sans compromis.

Dès les premières notes de Greenlight, l’intention est claire. La pièce d’ouverture, teintée d’eurodance et ponctuée d’un clin d’œil assumé aux années 1990, vise les palmarès avec une efficacité désarmante. Mais derrière l’apparente légèreté des rythmes dansants se cache une réflexion plus nuancée. L’album oscille constamment entre euphorie et introspection, entre puissance et vulnérabilité.

Cette dualité atteint son plein potentiel dans la seconde moitié du disque. Des morceaux comme Red Flags et Corde raide explorent des textures R&B plus feutrées, tandis que Voyage flirte avec une disco élégante. La ballade Antigel, solennelle et dépouillée, agit comme un point de bascule émotionnel, avant une conclusion en forme de promesse avec Les choses ne seront plus jamais comme avant.

Sur le plan thématique, Nerbonne s’autorise une transparence nouvelle. L’amour y occupe une place centrale, mais il est question surtout de transition : choisir une direction, accepter le changement, faire preuve de courage face à l’incertitude. « Un saut dans le vide », dit-elle. Une renaissance, pourrait-on ajouter.

Cette ouverture émotionnelle se double d’une nostalgie diffuse. Sans tomber dans le passéisme, l’artiste convoque une époque perçue comme plus simple, antérieure aux turbulences contemporaines. Musicalement, cela se traduit par des harmonies inspirées tantôt de la musique classique — héritage de sa formation initiale — tantôt de sonorités rétro, des années 1980 au hip-hop des années 1990.


La collaboration avec le violoniste William Lamoureux apporte d’ailleurs une dimension organique inattendue, enrichissant neuf des douze titres. Quelques invités triés sur le volet — dont Joe Grass et François Lafontaine — viennent ponctuellement compléter cet univers, sans jamais en détourner le centre de gravité.

Mais NEXT ne se limite pas à l’écoute. Il est aussi pensé comme une expérience scénique. Nerbonne promet un spectacle immersif, sensuel et incarné, porté par danseurs et musiciens, où l’émotion brute côtoiera une mise en scène ambitieuse. Une extension naturelle d’un album qui, déjà, cherche à abolir les frontières entre contrôle et abandon.

Avec NEXT, Laurence Nerbonne ne se contente pas de consolider sa place dans le paysage musical québécois. Elle redéfinit les contours de son identité artistique, dans un geste à la fois audacieux et profondément humain.

RAINBOW.DRAG

Lors du lancement de NEXT, j'ai jasé avec une Drag Queen merveilleuse, Rainbow, qui fait des shows variés. Suivez le lien pour en savoir plus. J'aurais pu jaser avec toute la soirée tellement elle est gentille et intéressante. 

LENA GHIO   

Photos © Lena Ghio, 2026

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