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Dans une atmosphère à la fois élégante et vibrante, près de 150 convives se sont réunis à Montréal pour célébrer la relève culturelle lors de la soirée Horizons, un rendez-vous désormais incontournable qui met en lumière celles et ceux qui façonnent l’avenir artistique et culturel du Québec. Portée par Culture Montréal, le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), la Brigade Arts Affaires de Montréal (BAAM), la Chaire de gestion des arts Carmelle et Rémi-Marcoux de HEC Montréal et la Jeune Chambre de commerce de Montréal, cette édition a réaffirmé avec force l’importance de l’audace, de la prise de risque et de la résilience dans les parcours créatifs et organisationnels.
Pensé en deux temps, l’événement s’est ouvert sur un segment devenu signature : Se planter et réussir : quels apprentissages retenir ? Loin de glorifier uniquement les succès, cette tribune a offert une plongée lucide et inspirante dans les revers professionnels, ces moments souvent tus mais profondément formateurs. Trois figures du milieu culturel et entrepreneurial ont accepté de lever le voile sur leurs expériences les plus marquantes.
L’auteure-compositrice-interprète Naïma Frank a évoqué avec une sincérité désarmante son passage difficile au Montreux Jazz Festival. Après une performance qu’elle qualifie elle-même de « chute », elle a choisi de remonter sur scène dès le lendemain, puis le surlendemain. De cette expérience est née une conviction forte : la capacité à se relever rapidement est souvent ce qui distingue l’élan brisé de la véritable progression. « Il faut apprivoiser l’inconfort », a-t-elle souligné, rappelant que la peur peut devenir un moteur lorsqu’on ose l’affronter.
Sébastien Barangé, cofondateur de la BAAM et acteur clé des prix ARDI en philanthropie culturelle, a pour sa part partagé un épisode critique lié à un rapport ESG qui aurait pu compromettre un projet d’envergure. Son apprentissage ? Le leadership ne réside pas dans l’isolement, mais dans la capacité à s’entourer des bonnes personnes. « Les meilleures décisions émergent de l’intelligence collective », a-t-il insisté, plaidant pour une culture de collaboration et d’humilité.
Enfin, Elizabeth-Ann Doyle, figure respectée du milieu et lauréate d’un prix de carrière en 2025, a livré une réflexion nuancée sur les « micros-échecs » qui jalonnent toute trajectoire artistique. À la tête de MU, elle a souvent navigué entre audace créative et acceptabilité publique. Sa leçon : persévérer sans trahir sa vision, même lorsque les compromis semblent inévitables. « L’équilibre est fragile, mais c’est dans cette tension que naît la pertinence », a-t-elle affirmé.
Ces témoignages ont préparé le terrain pour le moment phare de la soirée : la remise des prix. Cinq distinctions ont été décernées, chacune saluant un aspect essentiel du dynamisme culturel montréalais.
Le Prix jeune gestionnaire en culture a été remis à Roxanne Sayegh, directrice générale de Cinéma Cinéma, pour son leadership novateur et sa capacité à mobiliser les publics autour d’une vision contemporaine du cinéma. Sa démarche, à la croisée de la diffusion et de la médiation, incarne une nouvelle génération de gestionnaires engagés.
Le Prix de carrière en gestion culturelle a honoré Céline Marcotte, ex-directrice générale du Théâtre du Rideau Vert. Son parcours exemplaire, marqué par une rigueur constante et une passion indéfectible pour les arts de la scène, a profondément influencé le paysage théâtral québécois.
Dans la catégorie philanthropie culturelle, deux Prix ARDI ont été décernés. Laureen Bardou, directrice principale du développement philanthropique à la Fondation du Musée des beaux-arts de Montréal, a été saluée pour son approche stratégique et humaine du mécénat. À ses côtés, Philippe U. del Drago, directeur général et artistique du Festival International du Film sur l’Art, a été récompensé pour son engagement à bâtir des ponts durables entre les milieux artistiques et les partenaires financiers.
Enfin, le Prix du CALQ – Œuvre de la relève à Montréal a été attribué à Alexandra Boilard-Lefebvre pour son roman Une histoire silencieuse. Par son écriture sensible et maîtrisée, elle s’impose comme une voix prometteuse de la littérature contemporaine.
Au-delà des distinctions, la soirée Horizons a surtout rappelé que la culture est un écosystème vivant, nourri par la diversité des talents et la richesse des parcours. En célébrant à la fois les réussites et les échecs, elle propose une vision plus complète — et plus humaine — de l’excellence. Dans un contexte où les défis sont nombreux, de la précarité des financements à l’évolution des publics, cette reconnaissance collective agit comme un catalyseur. Elle encourage la relève à persévérer, à innover et à croire en la portée de ses idées.
Les applaudissements nourris qui ont ponctué la soirée n’étaient pas seulement adressés aux lauréats, mais à toute une génération qui, avec courage et lucidité, redéfinit les contours du paysage culturel.
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