Tuesday, March 3, 2026

MANUEL MATHIEU • PERENIUM • Galerie Hugues Charbonneau dès ce 5 mars 2026

Manuel Mathieu le 27 février 2026 à la Galerie Hugues Charbonneau
ENGLISH translation app above

Manuel Mathieu : anatomie d’un ancrage

De la mémoire fracturée au corps fondamental

En 2015, une mobylette volée percute un corps à Londres. Le choc est brutal, presque anonyme. Pour Manuel Mathieu, il ouvre pourtant une brèche décisive. Contusions cérébrales, fractures au visage, pertes partielles de mémoire : l’événement n’est pas seulement médical, il est ontologique. Que reste-t-il d’un peintre lorsque la continuité du souvenir vacille ? Que devient une œuvre fondée sur l’archive intime et l’histoire politique lorsque le fil narratif se rompt ?

Plus d’une décennie plus tard, en mars 2026, avec Perineum, l’artiste opère un déplacement radical. À l’heure où il s’apprête à faire ses débuts à la Biennale di Venezia, sous le commissariat de Koyo Kouoh, Mathieu ne choisit ni l’escalade monumentale ni la démonstration spectaculaire. Il revient à la base. Littéralement.

Entre ces deux moments — la mémoire fissurée et le plancher du corps — se dessine l’arc d’une œuvre qui n’a cessé d’interroger les fractures : historiques, familiales, neurologiques, politiques. Mais ce qui, aujourd’hui, frappe, c’est la manière dont ces fractures se condensent en un point d’ancrage.

À la suite de l’accident londonien, les migraines persistent, les trous de mémoire inquiètent. L’artiste, dont la pratique convoque aussi bien les cicatrices de la dictature duvaliériste que les silences d’une lignée traversée par des loyautés opposées, se retrouve confronté à une question abyssale : « Qui suis-je si mes souvenirs me quittent ? »

Psychologiquement, l’amnésie attaque la continuité du moi. Elle rompt la narration intime qui permet de se penser dans la durée. Chez Mathieu, la blessure est double : elle menace l’homme et l’œuvre.

Dans les années qui suivent, ses expositions approfondissent l’enquête sur la mémoire haïtienne clivée — entre victimes et collaborateurs — tout en laissant la matière picturale absorber la violence du monde. Les toiles explosent en strates, en voiles, en abrasions. La figure s’y dissout souvent, avalée par la couleur.

Puis, progressivement, quelque chose se déplace.

Dans certaines œuvres récentes, un visage émerge de la mosaïque . Non pas une apparition spectaculaire, mais une percée. La matière cesse d’engloutir ; elle entoure. Elle dramatise, mais elle laisse advenir un portrait. Le regards tient tout le visage. 

Figurer un visage après avoir douté de sa propre mémoire, c’est poser une balise. Voici une présence. Voici un ancrage.


Il faut mesurer la portée symbolique de ce retour partiel au portrait. L’accident de 2015 a atteint le visage même de l’artiste. Os fissurés, traits meurtris : peindre un visage ne peut être un geste neutre. C’est rejouer la possibilité d’une intégrité.

Ces portraits ne sont ni nostalgiques ni académiques. Les fonds demeurent instables, parfois toxiques. Les surfaces portent des cicatrices picturales. Mais le sujet tient. Il résiste à la tempête chromatique.

On a souvent comparé, trop rapidement, la peinture de Mathieu à celle de Jean-Michel Basquiat — comparaison paresseuse qui révèle surtout l’imaginaire critique prompt à rabattre tout artiste noir subversif sur une figure tutélaire unique. Or, là où Basquiat fragmentait la figure dans une urgence quasi scripturale, Mathieu, aujourd’hui, cherche la tenue. Non plus l’explosion, mais la consolidation.

La question « Pourrai-je peindre comme avant ? » trouve une réponse paradoxale : non. Il peint désormais avec la conscience aiguë de la fragilité. Et cette conscience confère aux portraits une gravité nouvelle.

Avec Perineum, présenté en 2026, l’artiste opère un autre recentrement. Après des projets multisensoriels et immersifs — installations engageant architecture, olfaction, vidéo — il choisit un point presque invisible du corps : le périnée.

Le périnée soutient les organes, stabilise la posture, assure la continuité entre le haut et le bas. On en parle peu. Il demeure discret, presque tabou. Pourtant, il est indispensable.

En s’emparant de cette zone, Mathieu déplace son interrogation de la mémoire narrative vers une mémoire somatique. Le trauma ne réside plus uniquement dans les archives ou les récits familiaux ; il se loge dans les tissus. Le corps devient territoire politique.

Dans certaines traditions énergétiques, le périnée correspond au chakra racine — siège de l’ancrage et de la survie. L’artiste ne se contente pas d’illustrer cette symbolique : il la met à l’épreuve picturale.


Les nouvelles toiles, gravures et mosaïques déploient une grammaire visuelle instinctive. Les formes s’y contractent, se fissurent, se tendent comme des muscles sous pression. La surface respire — parfois difficilement.

La gravure, médium récemment intégré à sa pratique, joue un rôle déterminant. Inciser, presser, imprimer : le geste s’apparente à un exercice physiologique. Le corps de l’artiste dialogue avec la résistance du support. Les formats plus petits, travaillés en séries, introduisent répétition et variation. Chaque épreuve devient une tentative de sonder une limite.

Là où des installations antérieures engageaient l’espace dans sa totalité, Perineum concentre l’énergie. Le spectaculaire cède la place à l’intensité.

Né en 1986 en Haïti, ayant grandi dans l’après-Duvalier avant d’émigrer à Montréal à 19 ans, Mathieu a toujours porté une conscience aiguë des fractures historiques. Son œuvre a exploré les luttes partagées et les liens transnationaux, insistant sur la lenteur nécessaire pour percevoir les récurrences du passé.

Avec Perineum, la distance cède la place à l’intime. L’histoire n’est plus seulement envisagée comme un cycle collectif ; elle est inscrite dans la chair.

La collaboration avec l’autrice Stéphane Martelly — qui accompagne le projet — rappelle que le périnée n’est pas vécu de manière uniforme selon les genres et les héritages culturels. Zone de puissance et de vulnérabilité, il touche à la sexualité, à l’accouchement, à la honte parfois. En l’explorant, Mathieu élargit son interrogation des rapports de pouvoir : qui nomme le corps ? Qui en contrôle les zones invisibles ? Qui hérite des traumatismes ?

Ainsi, la violence autrefois abordée à travers figures historiques et archives familiales se trouve internalisée. Elle n’a pas disparu ; elle s’est déplacée.

Dans un monde saturé d’images numériques, Perineum impose une temporalité opposée. Les œuvres ne se livrent pas immédiatement. Elles exigent que le regardeur ralentisse, accepte l’ambiguïté des formes, consente à l’abstraction organique.

On croit discerner des cavités, des plis, des ouvertures. Puis l’image se dérobe. Cette oscillation reflète notre condition contemporaine : submergés par des images explicites, nous avons perdu l’habitude de décoder ce qui ne se donne pas d’emblée.

Mathieu insiste sur la distance — non pour éloigner, mais pour permettre la reconnaissance différée des motifs. Les contractions d’une toile rappellent les spasmes d’une société en crise. Le plancher du corps devient métaphore d’un socle commun fragilisé.

À l’approche d’une reconnaissance internationale accrue — expositions à New York, Paris, Montréal, et la participation à la Biennale — l’artiste ne cherche pas à amplifier sa voix. Il l’enracine.

De la mémoire fracturée à l’exploration du périnée, le trajet peut sembler inattendu. Il est pourtant cohérent. L’accident de 2015 a mis en crise la continuité du récit. Les portraits ont répondu par la réaffirmation d’une présence. Perineum va plus loin : il interroge le point à partir duquel toute présence devient possible.

Il ne s’agit plus seulement de retrouver son histoire, mais de retrouver son appui.

Dans ces visages qui émergent de la tempête picturale comme dans ces formes contractées qui sondent le plancher du corps, Manuel Mathieu affirme une idée simple et radicale : toute élévation commence par un ancrage. Toute mémoire, même trouée, peut se recomposer à partir d’un point de contact avec le sol.

À l’heure où les identités se fragmentent, où les mémoires collectives sont contestées, où les corps demeurent vulnérables, son œuvre propose une image qui tient sans nier la fissure. Un art qui ne nie ni la collision ni la cicatrice, mais qui transforme l’impact en force de soutien.

Ce n’est plus la peinture du carambolage seul. C’est celle de la consolidation.

Et dans ce geste — revenir au visage, revenir au plancher — se joue peut-être l’une des propositions les plus nécessaires de l’art contemporain actuel : apprendre à survivre, non pas en s’élevant au-dessus des fractures, mais en habitant pleinement leur point d’appui.

LENA GHIO   

Twitter  Facebook  Instagram   Pinterest  Paradox

photos © Lena Ghio, 2026

PLURAL annonce les artistes de l'exposition spéciale du Pavillon !


L'Association des galeries d'art contemporain (AGAC) est ravie d'annoncer l'exposition spéciale ANTICIPATION, présentée au Pavillon du deuxième étage de la foire Plural, du 10 au 12 avril prochain.

Commissariée par Sophie Latouche, ANTICIPATION explore le potentiel prémonitoire des œuvres. S’appuyant sur la science-fiction, notamment sur les écrits d’Octavia E. Butler, l’exposition envisage l’avenir comme une pratique d’adaptation, à travers la revalorisation de matériaux, la réactivation d’images et d’objets d’archives, l’utopie et des pratiques processuelles inscrites dans la durée. Réunissant les œuvres de onze artistes de générations diverses, ANTICIPATION fait émerger un réseau de résonances formelles et symboliques.
Jenine Marsh, Microcosm (Pyne, Bosch, More, close to shore), 2025, COOPER COLE.
Les artistes dont les œuvres seront présentées dans le cadre de l’exposition sont :
 David Armstrong Six [Bradley Ertaskiran]
 Michelle Bui [McBride Contemporain]
 June Clark [Daniel Faria Gallery] 
 Betty Goodwin [Galerie Simon Blais] 
 Maggy Hamel-Metsos [Galerie Eli Kerr] 
 Anique Jordan [Patel Brown] 
 Kelly Jazvac [Galerie Nicolas Robert] 
 Anne Low [Franz Kaka] 
 Jenine Marsh [COOPER COLE] 
 Caroline Monnet [Blouin Division] 
 Bronson Smillie [Pangée]
Sophie Latouche est une commissaire indépendante et artiste basée à Tiohtià:ke/ Mooniyang/Montréal. Sa pratique commisariale est axée sur l’image et son imbrication entre représentation et réalité. Elle est motivée par l’idée de capturer ou mettre en scène l’« instant présent », attentive aux mutations et aux influences des conditions économiques, médiatiques et technologiques sur les pratiques artistiques et leurs matériaux.

Anciennement directrice associée à la galerie Pangée, elle a cofondé et codirige la plateforme de net.art Galerie Galerie Web. Elle a également organisé diverses expositions sous l’alias Sophie présente, notamment à la Galerie Nicolas Robert, chez Vidéographe, à Family et Produit Rien.
June Clark, Gravy (from the Perseverance Suite), 2023, Daniel Faria Gallery.
« Les visiteur·euse·s sont invité·e·s à considérer leurs propres anticipations, façonnées autant par la perte que par la possibilité de réinvention, soulignant l’importance de nos actions présentes et de nos imaginaires collectifs. »

- Sophie Latouche, commissaire de l'exposition
Découvrez-en davantage
Du 10 au 12 avril prochain, la foire Plural accueillera au Grand Quai 38 galeries et 7 espaces projet en provenance de 9 villes canadiennes. Procurez-vous dès maintenant vos billets pour découvrir, admirer et acquérir les œuvres de plus de 500 artistes, dans un décor spectaculaire et enchanteur au cœur de la ville !

Achetez vos billets dès aujourd'hui !
Frais d'entrée

Laissez-passer 3 jours : 60 $
Admission générale : 25 $
Aîné·e·s : 23 $
Étudiants·e·s : 20 $
Heures d'ouverture

Vendredi 10 avril : 12h - 21h
Samedi 11 avril : 11h - 19h
Dimanche 12 avril : 11h - 18h
Emplacement

Grand Quai du Port de Montréal
200 rue de la Commune O., Montreal, H2Y 4B2

L’entrée à Plural se situe au 2e étage. Pour y accéder, empruntez l’escalier extérieur qui longe le côté Est du Terminal. 
Une entrée au 1er étage (porte 3, côté Est) est également accessible en tout temps pour les visiteur·euse·s à mobilité réduite. Des rampes, des ascenseurs et d’autres aménagements assurent une expérience confortable à l'ensemble des visiteur·euse·s.

MONTRÉAL EN LUMIÈRE : idées pour la relâche

 


27E ÉDITION DE MONTRÉAL EN LUMIÈRE

Tout pour profiter de la relâche !
 

Montréal en Lumière, présenté par Loto-Québec en collaboration avec la Banque Nationale, c’est le rendez-vous incontournable de la relâche au centre-ville ! Au menu : des ateliers multidisciplinaires pour tous les âges, des spectacles en salle à ne pas manquer et bien sûr, un site extérieur vibrant et animé qui réunit le patin, la gastronomie et la musique en plein cœur de Montréal.

ARRÊTS INCONTOURNABLES
Relâche au max avec Télé-Québec !
Du 2 au 7 mars, Télé-Québec propose une relâche festive et mémorable remplie d’activités. Les familles sont invitées à embarquer à bord du petit train Télé-Québec, tous les jours de la relâche, entre 14h et 18h, et à venir rencontrer les mascottes les 5, 6 et 7 mars.
Gratuit !
La relâche en chanson !
En collaboration avec l’École nationale de la chanson, cet atelier d’écriture et de composition d’une chanson, le temps d’un après-midi, est une activité parfaite adressée au public adolescent.
Gratuit !
La branche lumineuse
Cette création interactive transforme la façade de l’Édifice Wilder en un arbre majestueux dont le tronc et la ramure deviennent un terrain d’expression lumineuse.
Gratuit !
Le Loop Experience - Atelier DJ en igloo
Une expérience musicale immersive où petits et grands découvrent les bases du DJing et mixent leurs premières chansons sur de l’équipement professionnel.
Gratuit !
Station DJ Rogers
L’ambiance musicale de la Place des Festivals sera assurée par une série de DJ invités aux platines. Cette semaine, ne manquez pas QUALITÉ MOTEL, CHRIS LUNO et TAYLAH ELAINE, pour ne nommer que ceux-là !
Gratuit !
Zone de Jeux Géants Baffin
Une zone de jeux géants : une formule gagnante pour divertir petits et grands ! Le tout accessible gratuitement sur le site extérieur du festival.
Gratuit !
Consultez la programmation complète de la relâche !
À DÉGUSTER ABSOLUMENT !
Heni X Ryan Fakih
Avec : Julien Robillard, Ryan Fakih
4, 5 et 6 mars 2026
Heni
Dorsia X Danny Lledó
Avec : Miles Pundsack-Poe, Danny Lledó, Marcel Anderson
5 et 6 mars 2026
Dorsia
Monarque X St Lawrence X Battuto
Avec : Jérémie Bastien, Jean-Christophe Poirier, Guillaume St-Pierre, Paul Croteau
6 et 7 mars 2026
Monarque
Consultez la programmation complète du volet gourmand !
À DÉCOUVRIR AU VILLAGE GOURMAND PRÉSENTÉ PAR MIELE EN COLLABORATION AVEC RADIO-CANADA
Ateliers de cuisine pour enfants avec C'est moi le chef !
2, 4 et 5 mars 2026, 14h - 15h
Gratuit !
Piyeskomon. Le maïs, 400 ans d'oubli - L'atelier avec Maxime Lizotte
3 mars 2026, 16h - 16h45
Gratuit !
Les plantes boréales en pâtisserie, éveiller ses sens et ses connaissances avec Maxime Lizotte
3 mars 2026, 17h30 - 18h30
Gratuit !
L'expérience Cidre de glace du Québec
6 mars 2026, 14h - 23h
Gratuit !
Les ateliers de Radio-Canada !
Avec Pasquale Vari

7 mars 2026, 14h - 16h30
Gratuit !
Consultez la programmation complète du Village Gourmand !
DES SPECTACLES À NE PAS MANQUER
DISNEY SUR GLACE ! Vivez l'instant !
Jeudi 5 au dimanche 8 mars 2026
Plusieurs représentations par jour
Centre Bell
Lou-Adriane Cassidy
Vendredi 6 mars 2026, 20h
MTELUS
Sloan
Vendredi 6 mars 2026, 20h
Le Studio TD
Louis-Jean Cormier
Samedi 7 mars 2026, 20h
MTELUS
LAF X OGB
Samedi 7 mars 2026, 21h
Foufounes Électriques
Consultez la programmation complète des spectacles !
TÉLÉCHARGEZ L'APPLICATION MOBILE !
Présentée par Rogers, l’application mobile est l’outil essentiel pour créer votre liste personnalisée d’incontournables et élaborer votre parcours lors de Montréal en Lumière. Téléchargez l’application ici !
Consultez la programmation complète du festival
Consultez l'horaire du site
Consultez le plan de site
Montréal en Lumière se déroulera jusqu'au au 7 mars 2026
dans le Quartier des spectacles !