Friday, July 4, 2025

MONTRÉAL COMPLÈTEMENT CIRQUE 2025 • 3 juillet > 13 juillet •

MONTRÉAL COMPLÈTEMENT CIRQUE 2025

ENGLISH translation app left

MONTRÉAL COMPLÈTEMENT CIRQUE est officiellement lancé! Nous avons assisté aux deux spectacles d'ouverture : The Genesis et La Noce d'Alfonse. Voici ce qui s'est passé:

The Genesis par Copenhagen Collective / MONTRÉAL COMPLÈTEMENT CiRQUE

PHOTO JEAN-FRANÇOIS SAVARIA, FOURNIE PAR COMPLÈTEMENT CIRQUE   Bande Annonce

Dans un monde où l’individualisme règne comme un roi fatigué et où les frontières se dressent jusque dans nos esprits, The Genesis surgit comme un souffle nécessaire. Première création du Copenhagen Collective, ce spectacle présenté à la TOHU dans le cadre de Montréal Complètement Cirque redonne au cirque sa vérité première : la confiance absolue, l’interdépendance, l’acte radical de se confier à l’autre pour s’élever.

Dès les premières minutes, l’atmosphère est celle d’un rituel ancien. Dix-sept acrobates venus de quatorze pays avancent sur la piste nue comme des prêtres d’une liturgie nouvelle. Leurs dos deviennent falaises, leurs bras, ponts suspendus ; leurs corps bâtissent des colonnes humaines qui vacillent, se brisent, se reforment, image manifeste d’un monde qui ne tient debout que grâce à l’élan commun. Ici, point de solitude originelle, mais un chaos fécond d’où jaillit l’unité.

La mise en scène de Patrick King et Johan King Silverhult, imprégnée de l’élégance du ballet et de la rudesse acrobatique, refuse la facilité du spectaculaire. Pas de trapèzes ni de filets : tout se joue au sol, là où la peau, le muscle et la confiance s’exposent sans artifice. À chaque voltige et chaque chute reprise au vol, le public ressent ce vertige fondamental : notre salut collectif repose sur notre capacité à tomber ensemble — et à nous rattraper.

Le spectacle est une suite de tableaux sans narration linéaire. Chaque numéro naît d’une idée portée par l’un des artistes et façonnée par le groupe. De ce processus collaboratif émerge un kaléidoscope de styles et de cultures : la précision poétique québécoise côtoie l’exubérance latino-américaine, la folie punk scandinave et la douceur australienne. Rien n’est gommé. Tout s’assemble comme un organisme vivant, un corps multiple vibrant d’une pulsation commune.

Le compositeur danois Leif Jordansson insuffle à The Genesis une bande-son organique, alternant violon plaintif, jazz incandescent et pulsations électro, transportant le spectateur de la transe tribale à la solennité d’une cathédrale gothique. La lumière, quant à elle, sculpte les silhouettes avec une précision chirurgicale, révélant la vulnérabilité derrière la maîtrise, l’humain derrière l’icône.

Mais au-delà de sa virtuosité, The Genesis se révèle comme un poème incarné sur la dignité des différences et la puissance du collectif. « Pour qu’une personne me rattrape, je dois me laisser tomber », souffle une voix hors champ. Rarement une phrase n’aura autant résumé la condition humaine. Ici, la diversité n’est pas un slogan : elle devient moteur de création, fusion fertile de gestes et de cultures, refusant l’uniformité au profit d’une vérité plus profonde.

Le collectif déconstruit aussi, avec grâce, les stéréotypes de genre dans les portés et voltiges, affirmant un nouveau cirque où la force et la légèreté ne connaissent ni sexe ni frontière. Dans l’équilibre précaire de ses figures, The Genesis nous rappelle qu’aucune prouesse n’est plus grande que celle de faire corps. Car en sortant, on n’emporte pas seulement la beauté brute des tableaux : on garde en soi ce possible bouleversant d’une humanité qui, en s’élevant sur les épaules des autres, finit par toucher un peu plus haut.

Pour suivre l'évolution de Copanhagen Collective suivez ce lien

La Noce d'Alfonse par Cirque Alfonse / MONTRÉAL COMPLÈTEMENT CiRQUE

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Hier soir, à la TOHU, le Cirque Alfonse nous a invités à festoyer dans un mariage à leur image : déjanté, tendre, un brin grivois et infiniment humain. Avec La noce d’Alfonse, la troupe lanaudoise transforme la simple idée d’une union en un grand freak-show amoureux où l’acrobatie épouse la poésie, où le trad québécois flirte avec des sonorités antillaises et des beats de vieux Casio dignes des plus louches salles de réception des années 70.

Dès l’entrée sous le chapiteau, on sent la promesse d’un voyage hors du temps. Les costumes pastel, clin d’œil assumé à l’esthétique kitsch des albums de mariage de nos parents, donnent le ton. La musique live explose de sincérité et de groove, menant la noce vers des contrées festives où l’on se surprend à taper du pied. Car au Cirque Alfonse, l’amour n’est jamais mièvre : il s’enracine dans la sueur, le danger et l’entraide.

Ce nouveau spectacle se distingue par sa profondeur symbolique. Fini le simple prétexte d’objets de ferme comme dans Animal : ici, c’est l’humain qui devient agrès. Le fil de fer incarne la quête d’équilibre dans le couple, le bungee évoque un Kamasutra aérien, et le numéro de bouche à bouche – vertigineux et troublant – représente cette confiance absolue qui unit deux êtres. Tout est dans la poésie des corps, mais aussi dans la fantaisie d’un mariage qui dérape toujours un peu. On rit, on sourit, on se pince parfois devant les prouesses.

Comme toujours chez Alfonse, la famille est au cœur de l’œuvre. Voir Délima, 3 ans, rouler sur scène dans son chariot tiré par son cousin, ou Arthur, 14 ans, jongler avec l’assurance des grands, c’est assister à un spectacle où l’authenticité se sent à chaque seconde. Et lorsque les enfants repartent en coulisses, ce sont leurs parents qui volent la vedette avec des sangles aériennes, du main à main et des numéros qui défient l’âge et la fatigue.

Ce qui frappe surtout dans La noce d’Alfonse, c’est cette capacité à transformer la fragilité en force. La troupe a traversé blessures, départs et remaniements pendant la création, mais sur scène, tout converge : l’amour, la famille, l’art, la musique. Le metteur en scène Alain Francœur, fidèle depuis 2005, signe ici une œuvre où la mise en scène et les transitions gagneront à être resserrées au fil des soirs, mais où la sincérité balaie toute critique technique. Comme l’a dit Jonathan Casaubon, exténué mais rayonnant en coulisses : « Il est temps qu’on amène ce show-là au public. »

Et le public, lui, ressort du chapiteau le cœur gonflé. Gonflé d’amour, de fierté québécoise et de ce sentiment rare d’avoir assisté à un mariage qui nous réconcilie avec nos propres noces ratées, nos amours imparfaits et nos rêves d’enfant. Car La noce d’Alfonse, c’est plus qu’un cirque. C’est une célébration de la vie, dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus fort à la fois. On lance le bouquet avec eux. Et on espère qu’ils nous inviteront encore longtemps.

Plusieurs activités dans plusieurs quartiers vous attendent, voir toute la programmation ICI

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERTLA PRESSE

EN PISTE couronne  les Lauréats 2025

Artistes et dignitaires se réunissent pour le dévoilement des Lauréats. Photos © LENA GHIO, 2025

Frédérique Cournoyer Lessard pour son œuvre Scuse. Photos © LENA GHIO, 2025

Véronique Fontaine, présidente-directrice générale du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), ainsi que Nathalie Maillé directrice générale du Conseil des arts de Montréal (CAM), ont remis les prix aux Lauréats lors de la soirée de lancement de Montréal Complètement Cirque à la TOHU ce 3 juillet 2025.

Le récipiendaire du deuxième prix Propulsion : La Compagnie des autres. Photos © LENA GHIO, 2025

Pour en savoir plus, ICI

LENA GHIO   

Twitter  Facebook  Instagram   Pinterest  Paradox 

No comments:

Post a Comment