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Il est des rendez-vous artistiques qui dépassent la simple exposition pour devenir de véritables traversées sensibles. La foire Plural, orchestrée par l’Association des galeries d’art contemporain, (AGAC) appartient indéniablement à cette catégorie rare. Samedi dernier, au Grand Quai du Port de Montréal, j’ai eu le privilège de m’immerger dans cet espace vibrant où convergent visions, matières et imaginaires. Dès les premiers pas, une impression s’impose : celle d’un foisonnement maîtrisé, d’un dialogue continu entre les œuvres et celles et ceux qui les regardent.
Ce que l’on aime d’emblée à Plural, c’est cette sensation d’entrer dans une constellation de mondes singuliers. Chaque kiosque agit comme un seuil, une invitation à traverser des univers colorés, texturés, parfois déroutants, souvent saisissants. Les artistes, soutenu·e·s par leurs galeries, y déploient des propositions qui oscillent entre rigueur conceptuelle et puissance émotionnelle. L’expérience est éblouissante, au sens le plus juste : elle capte le regard, mais surtout, elle engage le corps et l’esprit dans une déambulation active, presque méditative.
Présentée par la Banque Nationale du Canada, cette édition de la foire, tenue du 10 au 12 avril, a rassemblé 45 exposants et plus de 500 artistes, confirmant l’ampleur et la vitalité de la scène contemporaine actuelle. Sous un soleil encore hésitant, les quais vibraient d’une énergie joyeuse, animés par une foule éclectique, mue à la fois par le désir de découvrir et celui de collectionner. Avec plus de 11 000 visiteur·euse·s, un record depuis l’installation de l’événement à cet emplacement en 2019, Plural consolide son statut de rendez-vous incontournable du calendrier culturel montréalais.
Au-delà de l’effervescence, cette édition marque également un tournant significatif sur le plan du marché de l’art. Pour la première fois de son histoire, les ventes ont franchi le seuil des 2 millions de dollars, atteignant 2,2 millions à la clôture. Ce jalon témoigne non seulement de la confiance renouvelée des collectionneur·euse·s, mais aussi du rôle structurant que jouent les galeries dans la diffusion et la pérennité de l’art contemporain. Les collections privées dominent encore largement, mais la progression des acquisitions corporatives souligne un intérêt croissant des entreprises pour le soutien à la création.
Dans ce contexte dynamique, certaines initiatives se distinguent particulièrement. L’installation immersive d’Elisabeth Perrault, présentée dans l’Espace Banque Nationale, a su captiver les visiteur·euse·s par son univers textile à la fois chimérique et enveloppant. Suspendues dans l’espace ou déployées au sol, ses formes invitaient à une exploration sensorielle où le fantastique se mêle à une réflexion sur la matérialité et la transformation. Ce type de proposition incarne parfaitement l’esprit de Plural : un lieu où l’expérimentation artistique rencontre un public prêt à s’y abandonner.
Au fil de cette traversée, entre découvertes marquantes et coups de cœur assumés, une certitude émerge : Plural n’est pas seulement une foire, mais un véritable laboratoire du regard. C’est dans cet esprit que je vous propose maintenant de découvrir une sélection personnelle d’œuvres et de galeries qui ont particulièrement retenu mon attention — autant d’escales à explorer, à votre tour. Poursuivez votre lecture ci-dessous
| Emilie Duval chez Patrick Mikhail |
La toile d’Emilie Duval, The Valley of Illusion, détail plus haut, capte d’emblée par sa résonance avec les recherches chromatiques de David Hockney dans les années 60. Chez Duval, toutefois, la citation devient prétexte à une exploration plus conceptuelle : une cartographie sensible des structures invisibles qui régissent nos sociétés. Nourrie par une double formation juridique et historique, elle interroge l’empreinte des algorithmes sur nos équilibres collectifs. Ses œuvres, hybrides et stratifiées, déploient une pensée visuelle où peinture, vidéo et installation dialoguent, révélant la tension entre abstraction systémique et expérience humaine, invitant le spectateur à reconsidérer son environnement contemporain.
| Lyne Lapointe chez Galeries Bellemare Lambert |
Les œuvres de Lyne Lapointe évoquent pour moi les fresques antiques que redécouvrent les archéologues, entre ruine et révélation contemporaine. Née à Montréal, elle vit et travaille aujourd’hui à Mansonville, au Québec, où son œuvre poursuit une exploration sensible de la mémoire des lieux. De 1983 à 1994, sa collaboration avec Martha Fleming transforme des espaces abandonnés en dispositifs in situ, véritables strates de mémoire collective et personnelle. En 1994, elle réalise une installation d’envergure à la Biennale de São Paulo, affirmant une présence internationale marquante. Depuis, son travail plus intime explore la matière, le geste et la mémoire visuelle. En haut, à gauche Eucedaris, 2025; à droite Le goût des fraises, 2025.
| Barbara Steinman chez Galeries Bellemare Lambert |
| Marigold Santos chez Patel Brown |
| Genie Kim chez SSEW Project |
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